Espace de libertés | Novembre 2018 (n° 473)

Édito

Carnavalesque! Et la métaphore est légère au vu de la gravité des faits. Cauchemardesque conviendrait mieux, sans aucun doute. Le Brésil serait-il en train de vivre à nouveau l’une des pages les plus sombres de son histoire? Les politologues, experts et citoyens, qui suivent son évolution dans la sphère politique brésilienne, affirment qu’à côté de lui, Donald Trump remporte la palme de l’élégance. Onpensait ne pas pouvoir tomber plus bas. Le Brésil l’a fait pour nous. Bolsonaro incarne la violence politique. Sans limites. Principes démocratiques et droits humains n’existent pas dans son univers. Sous aucune forme. À la place: agressivité, autorité violente, mensonges, désinformation à gogo, ode à la torture. Parmi ses fresques tristement célèbres, on épinglera en vrac l’appel à fusiller les militants du Parti des travailleurs, l’envoi d’une bombe sur les favelas pour résoudre ce problème endémique dans le pays, la molestation d’une femme députée en public, la haine exacerbée contre les homosexuels et misogynie nauséabonde, le racismeprimaire… Mais la verve simpliste de ce militaire réserviste et l’influence des églisesévangélistes font mouche, malgré ce festival des horreurs.

Une violence des mots qui se concrétise par une violence tout court, au cœur de la rue, notamment envers des homosexuels balafrés au cuter, de même que ses opposant.e.s dont certain.e.s ont été marqué.e.s d’une croix gammée pour avoir porté un t-shirt avec l’inscription Ele não (lui, non). Le pire, c’est que, selon les analystes, ses électeurs types feraient partie de la classe blanche aisée du pays. Et lui donneraient leur voix sur la base de son discours sécuritaire et des promesses de gestion de la violence dans le pays, qui mine beaucoup de grandes villes. Cherchez l’erreur! Celle-ci se trouve malheureusement et sûrement en partie dans les problèmes de corruption qui gangrènent le pays.

S’il est bien élu au second tour, comme l’augurent les sondages publiés lors du bouclage du magazine, il faudra vraiment se poser la question – et pas seulement pour le Brésil: le vote de rejet doit-il l’emporter sur la raison? Ne tirerons-nous jamais aucune leçon de l’histoire? Le Brésil a connu la dictature militaire et ses horreurs, il n’y a pas si longtemps encore. L’Europe, l’un des pires génocides de l’histoire, un eugénisme, une autocratie impériale abjecte. Malgré cela, l’extrême droite monteici et là. On se sent tout.e petit.e en criant: “Ceci n’est pas acceptable!” Mais il faut quand même continuer à le crier. Se bouger. Ne pas abdiquer.