Espace de libertés – Octobre 2016

Tous les chemins solidaires mènent aux Roms


Libres ensemble

Le Conseil de l’Europe estime qu’environ 30 000 Roms vivent –et subissent des discriminations– en Belgique. Il y a presque 5 ans, la Belgique adoptait une stratégie nationale pour leur intégration. A-t-elle amélioré leur sort? Contexte et analyse.


La stratégie nationale enclenchée en Belgique depuis 2011 a pour objectif l’intégration sociale et économique des Roms via l’emploi, l’enseignement, l’accès au logement et aux soins de santé, ainsi que la lutte contre les préjugés et les discriminations. Et ce, en adéquation avec les recommandations du cadre européen pour l’intégration des personnes issues de ces communautés.

Une discrimination séculaire

Pour rappel, le terme “Roms” ne désigne pas un peuple homogène mais bien des origines ethniques plurielles provenant essentiellement de plusieurs pays d’Europe centrale et orientale. Le terme (que les Roms ont choisi eux-mêmes en 1971 lors du premier congrès mondial de l’Union romani internationale) est inhérent à leur langue, le romani (dérivé du sanskrit); l’objectif était d’éviter d’utiliser le terme “tsigane” et sa connotation péjorative. Depuis toujours, les Roms souffrent en effet d’une image négative et sont l’objet de discriminations constantes, parfois alimentées par certains responsables politiques eux-mêmes. Quelques-uns de ces politiques les considèrent comme incompatibles avec notre modèle de société, les réduisant à des citoyens de seconde zone. Pendant la Seconde Guerre mondiale, les Roms firent l’objet de déportations massives et d’une extermination ciblée orchestrée par les nazis et leurs alliés européens: environ 500 000 d’entre eux succombèrent lors du Porajmos (génocide des Roms) (1).

© Hristo Rusev / NurPhotoIci et là-bas

Les Roms victimes de ghettoïsation manifeste, d’expulsions à répétition et de conditions de vie indignes.

Entre 10 et 12 millions de Roms vivent un peu partout en Europe, dont environ 30 000 en Belgique, ce qui représente un ratio de 0,04% sur l’ensemble du territoire. C’est bien évidemment très peu comparativement à la Roumanie, la Bulgarie, la Hongrie ou encore la Slovaquie. Dans leur pays d’origine, ces personnes survivent dans des conditions déplorables, sans eau courante ni électricité, parfois même sans égouts. En Roumanie, par exemple, les Romi se révèlent dix fois moins alphabétisés et six fois moins scolarisés que le reste de la population. Ces communautés y vivent principalement en zone rurale dans l’indigence et le dénuement. Il s’agit donc bien d’une population du tiers-monde, trop souvent considérée comme sous-citoyenne et au sein de laquelle l’espérance de vie est inférieure de 10 ans à la moyenne et où on observe une inquiétante malnutrition infantile. Dressant le constat que les Roms étaient de plus en plus victimes de ghettoïsation manifeste, d’expulsions à répétition et de conditions de vie indignes, le Parlement européen a décidé d’agir en 2008.

Stratégies européenne et nationales

Comme le prévoit l’Union européenne (en vertu du cadre européen pour l’intégration des Roms et des dix principes communs pour l’intégration des Roms), les gouvernements doivent intervenir concrètement dans l’amélioration de l’intégration socio-économique des communautés roms qui séjournent sur leur territoire. Et ce, en étroite concertation avec elles. Car, faut-il le rappeler, les Roms sont en droit de pouvoir circuler ou s’établir dans n’importe quel pays de l’espace Schengen et chacun de ces pays devrait leur réserver un traitement digne et humain. En outre, le cadre européen pour l’intégration des Roms insiste sur deux points particuliers: il faut encourager l’intégration de ces communautés par des mesures concrètes et mettre fin aux clichés et stéréotypes qui collent à la peau des Roms. Car, telle est leur triste réalité, les Roms sont à la fois persécutés dans leur pays d’origine et rejetés dans les pays où elles désirent s’établir.

Une situation toujours inquiétante

En dépit des mesures déjà mises en place, le constat reste pour l’instant assez préoccupant. En Belgique, les Roms ont plutôt tendance à rester dans les villes et les régions plus urbaines où ils rencontrent des difficultés criantes pour se loger et se retrouvent dans des lieux de vie souvent exigus ou insalubres, quand ils ne se retrouvent pas carrément à la rue. Femmes et enfants en bas âge en arrivent à devoir passer la nuit à même le sol durant l’hiver, à l’entrée des gares, souvent dans l’indifférence générale. Des efforts doivent encore être fournis pour que les Roms puissent bénéficier d’un meilleur accès à l’enseignement (le taux d’absentéisme est encore fort élevé chez les enfants roms en âge d’aller à l’école), au marché du travail, à la santé préventive (notamment la vaccination), à la propriété, et des campagnes de sensibilisation doivent être menées afin de promouvoir le dialogue interculturel (2).

Malgré la stratégie nationale, en Belgique et partout en Europe, il apparaît donc urgent d’accentuer les efforts sur l’ensemble du territoire européen, afin d’en finir avec le rejet de ces communautés. Comment? En œuvrant avec opiniâtreté à l’inclusion des Roms dans la société, tout en donnant à connaître l’histoire et de la culture séculaire d’un des plus vieux peuple d’Europe.

 


(1Un peuple oublié, documentaire d’Aaron Yager et Marc Swenker, Canada, 2011, 99 minutes, diffusé sur la trois (RTBF) le 17 septembre 2016.

(2) “The European Union end Roma – Factsheet Belgium”, 4 avril 2014 et “Évaluation de la stratégie nationale de la Belgique” (2014), mis en ligne sur http://ec.europa.eu.