L’asbl Transit vient de fêter ses 30 ans. Cette association qui accueille et héberge des usagers de drogues en région bruxelloise, est née dans un contexte particulier, au milieu des années 90, pour renouer notamment un lien social avec des publics marginalisés. Les services se sont développés : ça va de la maraude, les soins en rue à l’accompagnement en prison, en passant par la salle de consommation à moindres risques. Un accueil bas seuil, plus indispensable encore aujourd’hui qu’hier.
« Une autre politique drogues est possible » : c’est le message scandé chaque année le 26 juin à travers le monde lors de la campagne « Support, don’t punish » pour exiger des politiques drogues fondées sur la promotion de la santé et le respect des droits humains. Mais comment concilier une politique de santé publique efficace en matière de consommation de drogues avec les préoccupations du public en matière de sécurité ? C’est la question qui se pose aujourd’hui en région bruxelloise. Une 2e salle de consommation à moindres risques devrait ouvrir ses portes d’ici quelques semaines à Molenbeek. Mais dans le contexte actuel, avec l’explosion des violences liées au trafic de drogues, ce projet suscite des préoccupations dans le quartier.
Décryptage dans ce reportage de Pierre Schonbrodt.
Le 24 février, on célébrait les 104 ans de la loi drogues en Belgique, qui pénalise et criminalise les consommateurs de drogues… au lieu de considérer ce sujet comme un problème de santé publique. Alors que les règlements de comptes entre trafiquants sèment la terreur à Bruxelles, on a décidé ce soir de se décentrer et de parler de prévention dans notre émission. La prévention, c’est ce que fait un groupe d’usagers de drogues, anciens ou actuels consommateurs, encadrés par le CAL Luxembourg. Ils ont décidé de créer Toxocity, un outil pour sensibiliser aux risques des drogues, pour informer sur la réduction des risques et pour pointer les conséquences de la criminalisation des consommateurs. Le plateau de jeu s’inspire du Monopoly. Mais à la différence du jeu original, ici on ne joue pas avec l’argent, on joue avec sa vie.
Invités: Boris Hermand, Coordinateur de Drugs’Care Infos-Services du CAL Luxembourg, François Thomasset, animateur pour Drugs’Care Infos-Services du CAL Luxembourg, Eric et Yoann, jobistes au sein de Drugs’Care Infos-Services et co-créateurs de Toxocity.
Une autre politique drogues est possible: c’est le message que vont répéter des associations de terrain, des professeurs d’université et des citoyens le 26 juin, à l’occasion de la journée mondiale d’action « Support, don’t punish », « Soutenez, ne punissez plus ». En Belgique, le secteur spécialisé en matières de drogues et d’addictions mais aussi les associations de défense des droits humains revendiquent l’arrêt des poursuites judiciaires et le droit à la santé pour tous. Ces associations dénoncent les actions répressives contre les consommateurs qui se sont renforcées ces derniers mois et demandent la mise en place d’une politique drogues basée sur la santé publique.
Invités: Charlotte Bonbled, chargée de projet & communication à DUNE (Dispositif d’aide et de soin pour usagers et usagères de drogues en situation de précarité), Jean-François Lona, pair-aidant à la MASS (Maison d’accueil socio-sanitaire de Bruxelles) et Pablo Nicaise, chercheur en Santé mentale et assuétudes à l’UCLouvain, et coordinateur adjoint de la Cellule générale Politiques drogues qui a publié la stratégie interfédérale 2024-25 pour une politique globale et intégrée en matière de drogues.
« Support, don’t punish », « Soutenez, ne punissez pas »: cette campagne internationale vise à changer de paradigme en matière de lutte contre la drogue. Après un siècle de politique répressive, les acteurs du secteur de l’aide aux usagers de drogues réclament haut et fort une décriminalisation de l’usage de drogues et un investissement massif dans la prévention et la promotion de la santé. Ils se rassembleront le 26 juin devant le Palais de Justice de Bruxelles et déposeront un modèle alternatif qui priorise la santé.
Invités: Stéphanie Ars, coordinatrice de l’équipe psycho-médico-sociale de l’asbl DUNE, Kris Meurant, directeur du pôle psycho-social de l’asbl Transit et président de la Fidex, Fédération bruxelloise des Institutions pour Détenus et Ex-détenus. et Olivier Taymans, chargé de communication et de projets à la FEDITO, Fédération bruxelloise francophone des institutions pour toxicomanes.
Focus sur Toxocity, un jeu interactif qui nous invite à réfléchir à la question des drogues et des addictions. Ce jeu, véritable outil de réflexion, a été développé par des usagers de drogues, anciens ou actuels consommateurs, encadrés par le CAL Luxembourg. Objectif: informer et sensibiliser un large public.
Un reportage de Pierre Schonbrodt, dans le cadre de « Support, don’t punish » et de la campagne Stop 1921.
Produire, détenir, consommer ou vendre de la drogue en Belgique est interdit. Et cette interdiction dure depuis le 24 février 1921. La prohibition des drogues se base sur une loi votée il y a 100 ans dans un contexte totalement différent de celui que l’on connaît aujourd’hui. Une loi jugée inefficace par toute une série d’associations de terrains et qui criminalise les usagers de drogues, avec des conséquences désastreuses. Avec la campagne « Unhappy birthday », des associations du nord et du sud du pays montent au créneau pour demander que le Parlement réexamine ce texte de manière urgente et qu’il vote une décriminalisation.
Invités: Olivia Venet, Présidente de la Ligue des droits humains, Bruno Valkeneers, chargé de communication à l’asbl Transit à Bruxelles et porte-parole francophone de la campagne nationale qui commence ce 24 février 2021 autour des 100 ans de la loi drogues « Unhappy birthday » et Tom Decorte, professeur de criminologie à l’Université de Gand et directeur de l’Instituut voor Sociaal Drugsonderzoek (ISD).
En Belgique, la loi qui régit les comportements liés à l’usage de drogues date du 24 février 1921. 100 ans plus tard, cette loi paraît totalement obsolète. Même si elle a fait l’objet de quelques assouplissements, l’esprit de la loi n’a pas changé: c’est la prohibition, la guerre à la drogue, la répression des consommateurs qui prévalent toujours. Or, pour beaucoup d’associations qui travaillent aux côtés des usagers de drogues mais aussi pour de plus en plus d’acteurs des mondes policier et judiciaire, cette guerre est perdue. Et la prohibition n’a fait que donner les pleins pouvoirs aux organisations criminelles. Il faut donc changer le modèle: décriminaliser, pour mieux encadrer et prévenir les risques.
Invités: Bruno Valkeneers, chargé de communication à l’asbl Transit à Bruxelles et porte-parole francophone de la campagne nationale qui commence ce 24 février 2021 autour des 100 ans de la loi drogues « Unhappy birthday », et Jack, officier de police judiciaire à l’anti-drogues.
Le 17 octobre 2018, le Canada légalisait la vente de cannabis. Deux ans plus tard, la part du marché légal avoisine les 20%. Et on constate une augmentation des consommateurs de 50 ans et plus, sans que ça ne se ressente sur la sécurité du pays. Mais une forme de néo-prohibitionnisme s’est installé: certaines municipalités ont ainsi interdit la consommation de cannabis dans les parcs, sur la voie publique ou dans les appartements en location. Des réticences morales persistent. Et pour notre invitée, elles s’expliquent par le lien, trop longtemps alimenté par les médias, les politiques et les scientifiques, entre consommation de drogues et délinquance.
Invités: Line Beauchesne, professeure titulaire au Département de criminologie de l’Université d’Ottawa et auteure de « La légalisation du cannabis au Canada – Entre commercialisation et prohibition 2.0 », et Serge Brochu, professeur émérite à l’Université de Montréal.