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Assemblée générale du Centre d’Action Laïque

Assemblée générale du Centre d’Action Laïque

Retrouvez in extenso le discours prononcé par Henri Bartholomeeusen, président du Centre d’Action Laïque, en ouverture aux travaux de l’Assemblée générale du CAL qui s’est tenue à Liège le 28 mars dernier.

Parce que « libre examen » est le second nom de « laïcité », la laïcité est aussi une méthode.

Voici un an, rien ne laissait présager que j’aurais à faire face, d’emblée, à une actualité aussi exigeante, aussi pressante que celle que nous avons connue.

Souvenez-vous.

Les assassinats au Musée juif.

Nous fûmes, bien avant Charlie, les premiers, ce jour- là, à  revendiquer porter l’étoile sur nos poitrines.

Les premiers à convoquer la société civile, toutes convictions, toutes origines, toutes cultures confondues, Place Poelaert à Bruxelles, pour marquer, au nom de valeurs humanistes universelles, notre solidarité et notre réprobation.

À mettre en garde par presse écrite, radiophonique et télévisée, les diseurs de Vérité, fondamentalistes et autres antisémites.

Nous nous sommes battus pour la liberté d’expression, au pied levé  bien souvent, lors de débats, de colloques de conférences où d’autres se faisaient porter pâles.

À la suite des attentats de Paris, nous avons dénoncé le déni de réalité auquel convient les idéologies et les fanatismes. Nommer les choses. Sans humilier, sans haine mais sans concession.

Je pourrais multiplier les exemples de situations inattendues qui cette année, nous ont placé au centre d’une véritable guerre de communication.

L’instrumentum laboris préparatoire au synode des évêques, document issu d’un autre âge, nous l’avons sévèrement disputé pour sa critique de la science, pour la remise en cause des droits fondamentaux au profit d’un évangile, réputé loi naturelle.

Nous avons dénoncé une certaine conception de la famille, de la femme et du genre.

Nous en avons analysé publiquement la portée discriminatoire.

L’accord gouvernemental à propos de « l’heure » dorénavant consacrée à l’enseignement du fait religieux au sein de l’école publique, l’arrêt de la cour Constitutionnelle qui met fin à l’obligation  d’identifier les enfants à des appartenances convictionnelle et religieuses…

Durant cette année, il ne s’est pas passé une semaine sans que nous ne nous mobilisions sous la pression des événements.

C’est que, contrairement à ce que prétendent d’aucuns, la laïcité ne se réduit pas, ni à la séparation de l’Église et de l’État, ni à une forme de relativisme, ni à la neutralité, pas plus qu’à un irénisme compassionnel.

Mais elle n’est pas, non plus, une cause, une Vérité ou une morale qui justifierait de recourir à n’importe quel moyen pour la défendre.

Nous fûmes placés au centre d’une guerre de communication où, pour nous, tous les coups ne sont pas permis.

Lors de la campagne de presse menée contre le CAL à la suite de la reprise de nos émissions concédées, nous n’avons pas réagi sauf pour rectifier les faits sans nous en prendre aux personnes.

Parce que la laïcité est une méthode et un moyen autant qu’une fin, nos outils participent du débat, du choc des idées, de la liberté de pensée et d’expression, de leur soumission aux faits, du goût de la preuve et par-dessus tout, du respect de la personne.

Nous préférons le plaidoyer au réquisitoire, Voltaire à Torquemada, l’explication à la condamnation, les faits à l’opinion car pour nous, laïques, nous qui nous revendiquons du libre examen, trahir la méthode revient à trahir la fin.

Durant cette année, j’ai refusé de cosigner des cartes blanches dont je partageais sans doute les intentions.

Je ne m’en suis jamais pris aux personnes mais à leurs actes ou à leurs idées.

Je me suis efforcé de respecter les faits sans chercher à les travestir pour nous attacher l’opinion des sots ou des ignorants.

J’ai avant tout recherché le caractère contradictoire des débats.

La laïcité en Belgique est riche de sa diversité et victime de sa complexité.

Parce qu’un même mot désigne d’une part, le principe qui implique l’impartialité des pouvoirs publics, la liberté de conscience, le respect des droits humains et des libertés fondamentales…et d’autre part, le mouvement laïque, représentatif de la communauté non confessionnelle des athées et agnostiques, il nous appartient d’œuvrer pour une approche transversale de la vie en société, pour le « construire ensemble ».

Je constate que la prise en compte de l’existence et de l’avis de la laïcité organisée progresse.

Le phénomène de sécularisation s’accroît.

Les progrès en matière d’éthique et de liberté individuelle sont intimement liés à l’action du mouvement laïque.

Mais si les acquis sur le plan éthique ne régressent pas, ils sont combattus avec une vigueur renouvelée par des extrémistes dogmatiques. Les ultras reprennent du service.

Nous observons aussi qu’il se développe une tendance, partagée par nos opposants et certains « amis de la laïcité », pour caricaturer la laïcité organisée, la réduire à la « 7e roue », au culte de plus, au culte de trop.

Enfin, si en Belgique dans les grandes villes, ce sont les questions liées à la radicalisation de l’islam et à sa stigmatisation qui constituent des obstacles au vivre ensemble, dans les instances européennes, ce sont davantage les fondamentalistes catholiques et les mouvements évangélistes qui font obstacle à l’émancipation de la société.

Ce que nous devons faire comprendre dans l’immédiat, c’est la nécessité de laïciser les religions pour combattre les replis identitaires.

C’est la nécessité de faire admettre la laïcité de l’État comme garante des libertés religieuse et convictionnelle. La loi protège la foi, tant que la foi ne veut pas faire la loi.

Ce que nous devons démontrer, c’est que le mouvement laïque est par nature, par essence, un ferme défenseur du principe général de laïcité.

La laïcité est à la société ce que la libre pensée est à l’individu.

Si nous nous opposons aux théocraties, il demeure en effet que l’œcuménisme n’est pas le marchepied vers la démocratie.

En aucun cas les religieux, même regroupés, ne peuvent se substituer ni aux pouvoirs publics, ni aux représentants élus.

Il y a un an, je mettais en ligne de mire l’école, l’éducation, la jeunesse et l’Europe…

Notre volonté reste ferme.

Notre action s’intensifie.

Les conditions sont réunies pour continuer à progresser ensemble.

Je termine cette année et clos cette introduction en remerciant nos amis liégeois pour leur accueil efficace et chaleureux.

Pour que de bonnes habitudes ne se transforment pas en traditions … nous ne leur imposerons pas en 2016 une AG de plus.

Au moment d’ouvrir nos travaux, j’y vois une raison supplémentaire de savourer notre présence en cette belle Cité Miroir, laïque, progressiste et conviviale.

Bravo et encore merci.

 

Henri Bartholomeeusen, Président du Centre d’Action Laïque

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