« Le sans-chez-soirisme n’est pas une fatalité, mais un choix politique. Il ne peut y avoir de démocratie sans un logement pour toutes et tous. » Voici ce que scande depuis 5 ans le Syndicat des Immenses, les Individus dans une Merde Matérielle Enorme mais Non Sans Exigence. Ce collectif se réunit toutes les semaines pour donner la parole à celles et ceux qu’on n’entend pas habituellement. Celles et ceux qui vivent sans chez eux, qu’ils soient sans abri ou dans un logement qu’ils n’ont pas choisi. Le Syndicat des Immenses a créé son propre vocabulaire pour décrire les situations de précarité, de violences et d’invisibilisation que ses membres subissent. Ils viennent de publier un « Thésaurus de l’Immensité ». Et ils organisent jusque fin mars l‘Immense Festival afin de mettre notamment en avant leurs propositions pour en finir avec le sans-chez-soirisme.
Invités: Laurent d’Ursel, militant pour la fin du sans-chez-soirisme, secrétaire du Syndicat des Immenses, coordinateur et cofondateur de Douche Flux, ainsi que Violette Farge et Ayoub Maati, membres du Syndicat des Immenses.
Les politiques migratoires et leurs modalités d’application mènent un nombre croissant de personnes dans l’errance et dans l’impasse du sans-abrisme. « Sans papiers, sans droits, sans abri », c’est le titre d’une campagne lancée par le Samusocial, le CIRÉ, l’Ilot, Médecins du Monde et Brussels Platform Armoede. Grâce à des photos réalisées par Cédric Gerbehaye et des témoignages récoltés par l’autrice Caroline Lamarche, ces associations nous invitent à découvrir les réalités des personnes en situation de séjour précaire.
Invité: Sébastien Roy, Directeur général du Samusocial
L’asbl l’Ilot vient d’ouvrir deux nouveaux centres d’accueil de jour pour personnes sans-abri à Bruxelles, dont un spécifiquement dédié aux femmes. Une première. Ce centre va permettre de répondre à leurs besoins urgents, comme se nourrir et se doucher, mais leur offre aussi sécurité et soins, à l’abri des violences de la rue.
Les centres d’accueil pour personnes sans-abri sont donc de plus en plus adaptés aux besoins des bénéficiaires. Mais une question se pose à plus long terme : comment expliquer qu’en 2023, de nouveaux centres doivent encore être créés et que des solutions structurelles n’aient pas été trouvées?
Mettre des mots sur la vie en rue, c’est l’objectif de « La Cité des Dames ». Une pièce de théâtre qui donne la parole à des femmes qui ont été sans domicile fixe ou ont eu un parcours en hébergement d’urgence. Le basculement vers la rue, les violences, le racisme, le rejet, l’espoir : tous ces thèmes sont traités avec force, courage et sincérité sur scène. Pour ces femmes devenues comédiennes, la représentation sur scène est l’aboutissement de 4 mois d’ateliers. Et c’est un véritable exutoire pour elles. La Cité des Dames sera joué au Théâtre National le 28 avril.
Invitées: Marie Avril et Lénaïc Brulé, metteuses en scène, et Jeannette, comédienne de La Cité des Dames qui a vécu en rue.
Témoignage également d’Ariane Dierickx, directrice générale de L’Ilot, qui va ouvrir un centre d’accueil spécifiquement dédié aux femmes sans-abri.
Mettre des mots sur la vie en rue et les dévoiler sur scène, c’est l’expérience inédite qu’une dizaine de femmes ont vécue grâce au projet « La Cité des dames ». Un spectacle participatif et transversal imaginé par la comédienne et metteuse en scène Marie Avril. Certaines ont vécu en rue, d’autres sont passées par des centres d’hébergement d’urgence, certaines en sont sorties, d’autres pas: toutes les femmes sur scène ont vécu des parcours difficiles et singuliers, mais aujourd’hui elles sont fières de raconter leur histoire. Avec un objectif: visibiliser la problématique du sans-abrisme au féminin.
« La Cité des Dames » a été jouée trois fois en décembre mais vise à être vue par le plus grand nombre. N’hésitez pas à les contacter si vous souhaitez organiser une représentation.
En 2021, 76 personnes qui vivaient en rue ou qui y avaient passé une partie de leur vie, sont décédées à Bruxelles. Un chiffre certainement en-deçà de la réalité car il n’existe pas de recensement officiel ni d’autopsies systématiques. Obtenir les causes exactes des décès, les analyser pour mieux agir en amont: ce sont les objectifs d’une étude qui vient d’être lancée par différentes associations actives dans l’aide aux personnes sans-abri.
Alerté par la précarité et la solitude dans laquelle certaines personnes sans-abri, ou ex sans-abri, étaient enterrées, un Collectif s’est créé en 2005 pour offrir un adieu digne aux habitants de la rue en région bruxelloise. Le Collectif des morts de la rue a organisé il y a quelques jours sa cérémonie d’hommage annuel à l’hôtel de ville de Bruxelles et à l’arbre, monument vivant en hommage aux morts de la rue, place de l’Albertine.
« Chacun a le droit de mener une vie conforme à la dignité humaine. Et ceci comprend le droit à un logement décent. » C’est l’article 23 de la Constitution belge. Pourtant, rien que sur la région bruxelloise, plus de 5300 personnes vivent sans abri ou en mal logement, selon le dernier dénombrement réalisé par Bruss’Help. Soit une augmentation de 27,7%, par rapport à 2018. Comment lutter contre le sans-abrisme ? Comment activer réellement ce droit au logement ? Il n’y a pas de réponse simple et unique. Mais des solutions existent. On en parle à l’occasion de la journée d’action européenne pour le droit au logement.
Invités: Aline Strens, coordinatrice du projet Housing First Station logement pour l’asbl Diogènes, active en région bruxelloise, Mario Pieters, pair-aidant à l’asbl Diogènes.
Avec aussi le témoignage de Marc Bellis, président de Solidarité Logement.
Les femmes sans abri seraient 1 110 à Bruxelles, soit un cinquième de la population recensée lors du dernier dénombrement des personnes sans abri et mal logées réalisé par Bruss’Help en novembre 2020. A cela s’ajoutent des centaines de femmes en grande précarité qui ont recours à des réseaux informels, amis, famille pour éviter la rue. Un sans-abrisme caché. Violences conjugales, violences intrafamiliales, abus sexuels en rue, violences institutionnelles : le parcours de ces femmes sans-abri est émaillé de violences. Pour tenter de répondre à leurs besoins spécifiques, l’asbl L’Ilot a mené une étude-action sur le sans-abrisme au féminin, en impliquant notamment dans le processus des femmes vivant ou ayant vécu en rue. Conclusion : il est urgent et nécessaire de créer un centre de jour par et pour les femmes.
Invitées: Cindy, qui a vécu en rue pendant plusieurs années et qui a participé au processus de réflexion de cette étude-action, et Ariane Dierickx, directrice générale de l’asbl L’Ilot.
Rencontre avec Mariam qui, après 7 années de vie en rue, a retrouvé un logement grâce au programme Housing first. Un plan qui vise à sortir de la rue des personnes souffrant d’addictions notamment, en leur offrant un logement et un suivi psycho social intensif. Après plusieurs années d’expérience, les échecs sont peu nombreux. Et nous le verrons à travers le parcours de vie très difficiles de Mariam, l’espoir est bien là. Reportage de Pierre Schonbrodt.