
Les sorties publiques du patron du SEGEC, monsieur Etienne Michel, déçoivent rarement. La dernière en date (La Libre, 7 et 8 mai) ne déroge pas à la règle: elle nous laisse même carrément pantois.
Voici donc le défenseur en chef de l’enseignement catholique qui envisage de créer dans son réseau, catholique lui aussi, un cours de religion islamique, au motif qu’il faut « permettre à chaque élève d’entrer dans l’intelligence de sa propre religion et cultiver chez chaque élève un rapport intelligent au religieux. Car qui dit cours, dit raison, analyse, recul. »
Passé le moment de surprise, on se prend à réfléchir. Et à se dire que « raison » et « religion » n’ont pas toujours, historiquement et philosophiquement, fait bon ménage. Mais l’heure n’est pas à la joute oratoire ni à l’exégèse.
Là où nous sommes par contre en accord complet avec Etienne Michel, c’est sur sa proposition d’inscrire ledit cours de religion islamique dans un contexte parascolaire. Et cela prouve une chose: M. Michel lit les communiqués du CAL et du CEDEP, qui plaident depuis des mois pour l’inscription des cours de religion en-dehors des heures de cours obligatoires, ce qui a le double avantage de ne contraindre personne à y assister et de respecter à la lettre les prescrits de la Constitution belge. C’est vrai qu’en l’occurrence, la raison, l’analyse et le recul lui permettent d’entrer dans l’intelligence de sa propre religion. Il est vrai aussi que cela bouscule un peu le Pacte scolaire, mais qu’importe: celui-ci est devenu, depuis quelques temps, un pacte à géométrie variable au gré des intérêts du moment.
Plus surprenant est le fait que, par cette intervention en faveur d’un cours de religion autre que le sien, M. Michel sonne clairement le glas de l’étiquette « catholique » dont son employeur, le SEGEC, est le gardien jaloux.
Lorsque l’on songe que le réseau d’enseignement catholique a précisément refusé de prévoir dans son cursus un véritable cours de philosophie et de citoyenneté, ça laisse rêveur… Veut-il privilégier l’islam à la philosophie judéo-chrétienne et à celle des Lumières?
Dans cette lecture, quelle est encore l’utilité d’une école catholique? D’autant que le Conseil d’État a clairement indiqué que créer ce cours de philosophie et de citoyenneté correspondrait parfaitement aux exigences de la Convention des droits de l’enfant du 20 novembre 1989 en matière d’éducation à la citoyenneté; il s’est donc logiquement étonné qu’il ne soit pas étendu à l’ensemble de l’enseignement obligatoire en FWB.
Pour les sages de la rue de la Science, l’intérêt supérieur de l’enfant prime sur la liberté d’enseignement et il faut s’en féliciter. Or, à l’évidence, leur avis ne pèse pas assez lourd auprès de notre gouvernement communautaire que pour contrebalancer les certitudes nourries par les vieux piliers de notre société, puisque étonnamment, le réseau privé confessionnel a été exempté de l’obligation de donner ce nouveau cours de philosophie et de citoyenneté. Et tant pis pour ses élèves qui ne pourront en bénéficier!
En résumé, le réseau que défend Monsieur Michel veut bien dispenser un cours de religion supplémentaire dans ses murs mais, en revanche, ne veut pas d’un véritable cours de philosophie et de citoyenneté pour ses élèves. Pourtant, n’est-ce pas justement là, dans ce nouveau cours, que l’on pourra trouver et exercer au mieux cet usage de la raison? De l’analyse et du recul?