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Blasphème : la liberté d’expression continuellement menacée

Blasphème : la liberté d’expression continuellement menacée

Irlande, le 26 octobre dernier: référendum sur l’abrogation du délit de blasphème dans la Constitution. Le oui l’emporte à 65%. Pakistan, le 31 octobre: la Cour suprême annule la condamnation à mort de la chrétienne Asia Bibi pour blasphème. Deux bonnes nouvelles pour les défenseurs de la liberté de pensée. Mais ces deux bonnes nouvelles ne doivent pas cacher une réalité beaucoup moins heureuse…

En effet, le « blasphème » (qui n’a pas de définition juridique précise) ou l’apostasie (le fait de quitter une religion ou d’en changer) restent considérés comme des crimes passibles de la peine de mort dans au moins 13 pays du Moyen-Orient, d’Afrique du Nord ou d’Asie du Sud-Est. C’est le cas par exemple en Afghanistan, en Arabie Saoudite, en Iran, en Mauritanie, au Nigeria, au Pakistan ou en Somalie.

Qu’en est-il en Europe?

On le sait moins: la Fédération humaniste européenne relève que 10 pays de l’Union européenne punissent encore (en théorie en tout cas) le blasphème ou « l’insulte » ou la « haine religieuse » par une amende ou une peine de prison: l’Allemagne, l’Autriche, Chypre, l’Espagne, la Finlande, la Grèce, l’Irlande, l’Italie, la Pologne, le Royaume-Uni (Écosse et Irlande du Nord). Le Danemark, la France et Malte ont récemment abrogé leurs lois respectives en la matière, notamment depuis la campagne #EndBlasphemyLaws lancée en 2015 par l’International Humanist ans Ethical Union (IHEU, dont fait partie le Centre d’Action Laïque).

Dans la plupart de ces pays, on ne poursuit plus depuis longtemps. Bien que… En 2014, en Grèce, le blogueur Filipos Loïzos a été condamné à 10 mois d’emprisonnement avec sursis pour avoir créé une page Facebook parodiant un célèbre moine grec orthodoxe. Il est à noter que le parti d’extrême droite Aube dorée est à l’origine de la plainte. (1) Tout récemment, en septembre dernier, c’est en Espagne que l’acteur Guillermo (Willy) Toledo a été poursuivi pour blasphème devant le tribunal supérieur de justice de Madrid pour avoir publié sur Facebook le message suivant, volontairement provocateur: « Je chie sur Dieu et j’ai de la merdre à revendre pour chier sur le dogme de la sainteté et la virginité de la Vierge Marie ». Ici, la plainte avait été déposée par l’Association espagnole des avocats chrétiens (2).

Tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression

Extrême droite, chrétiens conservateurs, intégristes de tout poil sont à la manœuvre, ici ou là-bas. Dans le monde, des millions de personnes, athées ou sans attaches religieuses, sont quotidiennement menacés, attaqués, emprisonnés, exécutés pour ce qu’ils pensent, pour ce qu’ils disent.

La liberté d’expression est un droit fondamental des individus, protégé par les principaux instruments internationaux relatifs aux droits humains, dont l’article 19 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme: « Tout individu a droit à la liberté d’opinion et d’expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d’expression que ce soit. »

À la veille des 70 ans de cette Déclaration, il est important de rappeler que le blasphème relève de cette liberté d’opinion et d’expression. Au même titre que l’athéisme, l’agnosticisme ou l’apostasie.

 

 


(1) Source: https://www.nouvelobs.com/rue89/rue89-monde/20140120.RUE1502/condamne-pour-blaspheme-ca-se-passe-en-grece-en-2014.html
(2) Source: https://www.rtbf.be/info/medias/detail_je-chie-sur-dieu-l-acteur-espagnol-willy-toledo-interpelle-pour-blaspheme?id=10017571

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