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Future Commission européenne: quelles intentions derrière les intitulés?

Future Commission européenne: quelles intentions derrière les intitulés?

Ursula von der Leyen, future présidente de la Commission européenne a présenté ce mardi son équipe de 26 candidats commissaires ainsi que leurs attributions respectives. Ces candidats seront auditionnés dans les prochaines semaines par les parlementaires européens en vue d’obtenir confirmation de  leur désignation.

Si cette équipe est confirmée, pour la première fois, la Commission européenne sera  paritaire (elle comptera 14 hommes et 13 femmes). C’est un premier motif de satisfaction qui s’accompagne d’autres tels que la volonté de considérer les politiques climatiques comme prioritaires ou un souci de transparence et de dialogue avec les Etats membres, les organisations de la société et les citoyens.

Au-delà de ces motifs de satisfaction, le Centre d’Action Laïque tient d’ores et déjà à attirer l’attention sur plusieurs éléments qui devraient être clarifiés lors des auditions de candidats commissaires.

La question du respect de l’État de droit et des valeurs et principes démocratiques au sein de l’Union européenne est une question essentielle. L’actualité récente (en Pologne, en Italie ou en Hongrie notamment) montre à quel point le relativisme en la matière mine le projet démocratique européen.

Malheureusement, il semble que la dissémination de ces matières entre candidats commissaires européens risque de nuire à la lisibilité et à l’efficacité de leur suivi. Ainsi seraient compétents Vera Jourova (République tchèque) pour les valeurs et la transparence, Didier Reynders (Belgique) pour la justice, Dubravka Suica (Croatie) pour la démocratie et la démographie, Helena Dalli (Malte) pour l’égalité et Margaritis Schinas (Grèce) pour la protection de notre mode de vie européen.

Doit-on en déduire que l’orientation de la future commission en matière de migrations consiste à persister dans une logique de fermeture des frontières et que l’immigration est perçue comme une menace et non commune opportunité?

Concernant ce dernier portefeuille (protection de notre mode de vie européen), le Centre d’Action Laïque émet les plus vives réserves. D’une part, l’intitulé laisse entendre qu’il y aurait un mode de vie européen qui serait clairement défini et partagé par tous les Européens. D’autre part, ce mode de vie serait menacé dès lors qu’il  s’agirait de le protéger. Menacé par quoi? La réponse découle du contenu du portefeuille du futur commissaire grec: les questions migratoires et leur apparent corollaire de l’échec de l’intégration des personnes d’origine européenne dans les pays européens! Doit-on en déduire que l’orientation de la future commission en matière de migrations consiste à persister dans une logique de fermeture des frontières et que l’immigration est perçue comme une menace et non commune opportunité? Nous serons en tous cas attentifs aux missions qui seront confiées à ce commissaire. Elles devraient à tout le moins inclure de nouvelles formes de solidarité en matière d’asile (passant par la révision du système de Dublin et l’instauration de couloirs humanitaires) ou la réforme des règles relatives à la migration légale.

Autre motif d’interrogation: le mot « social » a disparu des intitulés des fonctions. Plus aucun commissaire ne semble spécifiquement chargé de cette question. Tout au plus le candidat commissaire luxembourgeois Nicolas Schmit est chargé d’un portefeuille « jobs » et la candidate croate d’une mission sur le vieillissement de la population (avec évaluation des système de protection sociale). À l’heure où de nombreux citoyens perdent confiance en l’Union européenne et sa capacité à contribuer à un avenir digne pour toutes et tous, des éclaircissements s’imposent car l’emploi ou le vieillissement n’épuisent pas les questions sociales. Pensons seulement à l’impératif de  lutte contre la pauvreté.

Enfin, sur les questions de relations entre l’Union européenne et les organisations religieuses d’une part et organisations philosophiques et non-confessionnelles d’autre part, le Centre d’Action Laïque constate que le dialogue dit de l’article 17 change de mains puisqu’il relèvera à l’avenir de  la commissaire tchèque Jourova (vice-présidente chargée de la Transparence et des Valeurs). Les contacts seront pris par l’entremise de la Fédération Humaniste Européenne afin de s’assurer que ce changement ne s’accompagnera pas d’une tentative d’accroissement de l’influence religieuse sur les processus de décision européens.

Sur ces éléments, le Centre d’Action Laïque invite les parlementaires européens belges à être attentifs en vue d’obtenir les clarifications nécessaires. Il réaffirme son souhait que le projet politique européen contribue à l’avènement d’une société plus libre, plus juste et plus solidaire. »

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