Cartes Blanches

La question de l’avortement ne se réduit pas à quelques caricatures

La question de l’avortement ne se réduit pas à quelques caricatures

Dans une récente « Libre opinion », Mr Tiri, qui se présente comme informaticien, « formé à la philosophie » et, détail beaucoup plus significatif, membre des Jeunes cdH, a rompu une lance contre le libre-choix en matière d’IVG. C’est évidemment son droit le plus strict. Mais son argumentation caricaturale et simpliste appelle une mise au point.

La question de l’avortement ne se réduit pas aux quelques caricatures que ce Monsieur résume en deux ou trois sommations moralisatrices et un ou deux non-sens scientifiques.

Ce Monsieur prétend en effet que les partisans du libre choix – et de la sortie définitive du Code pénal belge où l’IVG figure toujours aujourd’hui – n’auraient qu’un seul but: « pouvoir avorter ». Ce raccourci n’est pas seulement risible, il est scandaleusement tendancieux.

La question de l’avortement ne se réduit pas aux quelques caricatures que ce Monsieur résume en deux ou trois sommations moralisatrices et un ou deux non-sens scientifiques. En effet, avec ses dures réalités socio-économiques et les nombreux aléas de l’existence, la condition humaine constitue un contexte dans lequel les choix que l’on est obligé de poser ne se résument pas à une ou deux idées simplistes. Des idées qui ne servent la plupart du temps qu’à brouiller les pistes comme, par exemple, celle d’assimiler un ovocyte à un enfant formé et viable.

Sur le terrain de la vie

Or, la vraie vie est compliquée. Elle peut réserver de bien mauvaises surprises et plonger des personnes dans des drames aux nombreux aspects: psychologiques, sociaux, médicaux, relationnels, culturels,… Monsieur Tiri semble n’avoir aucune conscience de cela. Il ferait bien de venir voir sur le terrain de la vraie vie comment ça se passe.

Alors non: on ne peut pas, de façon aussi puérile, être « pour » ou « contre » l’avortement comme s’il s’agissait de soutenir une équipe de football ou une quelconque opinion fluctuante. Avorter n’est pas une partie de plaisir, l’avortement n’est pas un idéal de société, ni une manière banale de réguler les naissances. Personne ne peut être « pour » l’avortement, cela n’aurait aucun sens. Par contre, oui, on peut être en faveur d’une approche circonstanciée et compréhensive de cette problématique.

Offensive contre l’IVG

On peut vouloir construire une société dans laquelle la résolution de ce genre de problème passe non pas par une criminalisation renouvelée mais bien par une approche multidisciplinaire, délicate, médicalisée, et surtout respectueuse de la volonté des personnes concernées au premier chef.

Depuis quelques années, on voit une offensive contre l’IVG se développe un peu partout dans le monde.

Or, depuis quelques années, on voit une offensive contre l’IVG se développe un peu partout dans le monde. En Europe, elle passe par la recriminalisation (l’exemple de la Pologne est particulièrement édifiant) ou, lorsque ce n’est pas possible directement, par la multiplication d’obstacles: tentatives d’intimidation des femmes devant les cliniques et les centres de planning familial (Royaume-Uni et Belgique, par exemple); campagnes de désinformation par des groupes anti-choix (France, Belgique) ou par le gouvernement (Hongrie), poursuites judiciaires (Irlande); encouragement à « l’objection de conscience » (Italie); dispositions légales restrictives (Espagne); déremboursement partiel de l’IVG (Portugal), etc.

En Belgique, l’actuelle volonté de certains politiques de légiférer sur la délivrance d’un acte de naissance pour des fœtus morts nés est un premier pas vers une possible recriminalisation de l’IVG. Les arguments qui sont développés surfent sur des registres multiples mais l’émotion y joue toujours le rôle principal: parfois, il s’agit de consoler les parents d’un enfant mort-né. Parfois, il s’agit de défendre « la vie » à n’importe quel prix et dans n’importe quelle circonstance, ou encore, plus simplement, comme l’évoque Mr Tiri, de « faire le bien »…

Le plus insupportable c’est lorsqu’il y a prétention à obliger l’ensemble de la société à s’aligner sur quelques présupposés doctrinaux d’essence religieuse.

Des présupposés dogmatiques

Chacun a le droit de voir les choses comme il veut. Mais le plus insupportable c’est lorsqu’il y a prétention à obliger l’ensemble de la société à s’aligner sur quelques présupposés doctrinaux d’essence religieuse. Ils ont beau être emballés dans un jargon pseudo-scientifique, comme le fait bien mal Mr Tiri, ou être baignés dans une morale à deux sous, ils restent bel et bien des présupposés dogmatiques qui ne tiennent aucun compte du vécu des personnes réelles de la vraie vie.

L’IVG n’est une obligation pour personne. Mais il faut absolument défendre pied à pied la possibilité légale et médicalisée d’avorter dans de bonnes conditions. Sinon, l’on reviendra très rapidement à une situation dans lesquelles les femmes les plus modestes paieront cash, et au prix fort, les tristement célèbres « faiseuses d’anges ». Bien loin des arguties théologiques, des commandements moralisateurs ou des déclarations pseudo-compassionnelles, l’avortement clandestin est un dramatique fléau humain. L’aurait-on oublié?

Nous ne voulons pas de ça en Belgique. Nous pensons que ce n’est pas en culpabilisant et en infantilisant les futures mères (et pères) qu’on fera avancer l’humanité mais plutôt en donnant à chacune et à chacun la possibilité d’avoir, dans des circonstances décentes, prise sur son avenir.

 

Henri Bartholomeeussen, avocat, président du Centre d’Action Laïque.

 


Une opinion publiée dans La Libre Belgique du 28 mars 2017 sous le titre « IVG: stop aux raccourcis tendancieux! »

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