
Ce mercredi 2 juillet 2025, la Commission de l’Éducation, de l’Enseignement pour adultes, de la Promotion de Bruxelles et de la Recherche scientifique du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles (FWB) consacrait une série d’auditions aux phénomènes de radicalisme et d’auto-censure dans les établissements scolaires.
Parmi les intervenants entendus: Thomas Gillet, administrateur du Centre d’Action Laïque (CAL), venu rappeler les constats, les principes et les recommandations du mouvement laïque face à ces enjeux sensibles.
Une approche ancrée dans la laïcité
Le CAL rappelle que son action se fonde sur la laïcité, entendue comme principe d’émancipation et de défense des droits humains1. Dans ce cadre, le radicalisme en milieu scolaire est problématique non pour l’intensité des convictions exprimées, mais parce qu’il rejette le pluralisme, nie les droits fondamentaux (égalité, liberté d’expression, droit à l’éducation…) et engendre prosélytisme, harcèlement ou censure.
Des constats nuancés mais préoccupants
Une enquête menée en 2021 par le CAL avait pu mettre en lumière que « hormis quelques cas bien particuliers, on ne constate pas de situation hors de contrôle. Le contenu de notre enseignement ne connait pas à ce jour de remise en cause majeure et systémique. Ce constat rassurant et positif ne doit pourtant pas éluder certains signaux qui doivent inviter les acteurs du monde scolaire à élaborer des pistes de solutions concrètes pour les enseignants qui font face à des difficultés. On constate en effet l’évolution d’un contexte et d’une ambiance générale qui entraînent les répondants à adapter leur discours et leur manière d’enseigner ».2 Si la situation globale est donc jugée rassurante, elle n’est pas identique dans tous les établissements scolaires. Certains signaux d’alerte doivent inviter à renforcer l’accompagnement et les outils mis à disposition du monde enseignant.
Les revendications du CAL
Face à ces phénomènes, le CAL appelle à des réponses éducatives, et non sécuritaires, et formule plusieurs recommandations concrètes :
- Renforcer le cours de philosophie et citoyenneté (CPC) : minimum deux heures obligatoires dans tous les réseaux, dispensées par des enseignants formés, sans y introduire de dialogue interconvictionnel.
- Déployer l’EVRAS (éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle) de manière systématique dans tous les établissement de la FWB, pour favoriser le respect, le consentement et l’émancipation.
- Former d’avantage les enseignants et direction à la neutralité et créer des référents « neutralité » dans les écoles.
- Garantir la neutralité de l’espace scolaire officiel, y compris d’apparence, des agents éducatifs et des élèves.
- Lutter contre la ségrégation scolaire et œuvrer pour un enseignement public, gratuit, mixte et émancipateur.
Le CAL insiste enfin sur l’importance de préserver un climat serein dans les écoles, et appelle l’ensemble des partis démocratiques à se rassembler autour d’une vision commune: celle d’une société où la liberté, l’égalité et la solidarité s’apprennent dès l’école.
Le texte complet de l’intervention du CAL est disponible en téléchargement ici (PDF).
L’intervention de Thomas Gillet en vidéo (YouTube)
L’échange avec les députés (YouTube)
Qu’en pensent les partis politiques?
Retrouvez en vidéo la réaction des députés Stéphanie Cortisse (MR), Ersel Kaynack (PS) et Bénédicte Linard (Ecolo), suite à cette audition et aux propositions du Centre d’Action Laïque.
- La laïcité est le principe humaniste qui fonde le régime des libertés et des droits humains sur l’impartialité du pouvoir civil démocratique dégagé de toute ingérence religieuse. Il oblige l’État de droit à assurer l’égalité, la solidarité et l’émancipation des citoyens par la diffusion des savoirs et l’exercice du libre examen. (article 4 des statuts du Centre d’Action Laïque) ↩︎
- Les difficultés d’aborder certains sujets en classe (CAL, 2021) : https://www.laicite.be/app/uploads/2021/05/202104_AnalyseQuestionnaireEnseignants.pdf ↩︎