Espace de libertés | Septembre 2020 (n° 491)

Édito

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Au moment d’écrire ces lignes, en cette période étrange où virus et phases diverses de (dé)confinement viennent chahuter le cours normal de nos existences, il est complexe de se projeter dans un avenir immédiat. Pourtant, si les prises de position sur le « monde d’après » sont nombreuses, ce que réclament aussi les victimes de cette crise, ce n’est pas uniquement un avenir, mais déjà un présent.

Or, ce dernier n’est guère reluisant entre précarisation galopante, risque de tomber dans le piège d’une société de surveillance et multiples entorses (certes acceptées de façon temporaire par notre représentation nationale) à des droits aussi essentiels que ceux de circuler, de se réunir, etc.

Si la lutte contre le virus a évidemment toute sa pertinence, gardons à l’esprit que c’est dans un processus d’accoutumance aux dérogations aux droits de l’homme que l’État d’exception devient si vite la règle et ce, au détriment de l’État de droit.

Plus contagieuse qu’un virus, malheureusement, c’est trop souvent la peur qui s’est communiquée en un clin d’œil. Une peur qui ne favorise guère l’usage de la raison, mais, bien au contraire, l‘expression en sens divers d’émotions sur lesquelles il est bien difficile de bâtir. Ces constats, loin de devoir nous décourager, nous obligent au contraire, aujourd’hui plus que jamais.

Notre mouvement, lui, doit précisément miser sur l’intelligence et sur la compréhension de ce qui se joue au-delà du bruit et de la fureur des événements que nous vivons.

Sans oublier ce qui est déjà le cœur de notre action (et l’actualité parlementaire récente sur l’IVG  a encore démontré que, sur bien des dossiers, nous ne pouvons nous permettre de baisser la garde), c’est le travail qui nous attend collectivement pour les semaines et mois à venir : comprendre comment un « aussi infiniment petit » a pu à ce point déboussoler notre monde, disséquer minutieusement les mesures adoptées pour lutter contre la pandémie et questionner leur proportionnalité par rapport à leur intrusion dans la jouissance de nos droits fondamentaux, écouter les uns et les autres sur les failles béantes de notre société que cette crise a révélé et/ou amplifié, explorer de nouveaux champs d’action, formuler ensuite des propositions concrètes pour des modifications structurelles…. Voici quelques-unes des tâches déjà devant nous.

Les outils sont là, la volonté d’agir avec nos balises aussi. À cet égard, qu’il me soit ici permis de conclure avec un mot de remerciement pour Jean De Brueker : rester arrimé aux principes en refusant de se laisser emporter par la vague torrentielle des modes ou le « court-termisme » ambiant, voilà une des leçons qu’il nous lègue et à ne pas oublier au moment de son départ.