Espace de libertés – Mars 2016

Sexualité, intimité et handicap


Dossier
La sexualité fait partie de la vie. Avoir des relations sexuelles, cela semble tellement évident. C’est notre nature, notre biologie… Donner de la consistance et du sens à sa vie sexuelle et la mener est, du reste, un droit fondamental pour chaque être humain. Il n’en va pas autrement pour ceux qui souffrent d’un handicap. Cela paraît évident, mais paradoxalement, la sexualité reste un thème qui nous met mal à l’aise.

Nous ne parlons pas avec n’importe qui de notre vie sexuelle et de nos fantasmes. Lorsqu’il est question de sexualité, nous quittons notre zone de confort. Et quand il s’agit d’aborder la sexualité des personnes en situation de handicap, surtout, l’entourage peut se sentir très mal à l’aise. La société reconnaît que les personnes en situation de handicap ont également des droits sexuels. Mais admettre que celles-ci nécessitent parfois un accompagnement et un soutien spécifiques reste difficile.

Les droits sexuels, des droits fondamentaux quel que soit le handicap

La réalité est criante. Dans notre collectivité vivent des personnes qui, en raison de leur handicap, éprouvent des difficultés à entamer ou poursuivre une relation. En conséquence, elles n’ont pas beaucoup d’opportunités d’exercer leurs capacités sexuelles, encore moins de vivre leur sexualité. Certain-e-s ne peuvent même pas se masturber, à cause de leur handicap. Imaginez un peu…

Dans le cadre des soins que prodigue la société aux personnes en situation de handicap, nous avons bien réfléchi sur la manière de leur offrir la meilleure qualité de vie possible, et ce, dans de très nombreux domaines. Lorsqu’une personne en situation de handicap ne peut pas manger seule, nous la nourrissons. Lorsqu’elle ne peut pas prendre soin d’elle, quelqu’un d’autre prend le relais. Lorsqu’elle ne maîtrise pas totalement le language, la communication est adaptée à ses possibilités. Lorsqu’elle ne sait pas gérer son budget, une personne est désignée pour l’épauler, voire pour le faire à sa place… Au fil des ans, la société a développé une offre de soins flexibles, pouvant être proposés sur mesure aux clients. Cela va de la kinésithérapie à la logopédie, en passant par l’ergothérapie, l’aide aux tâches de la vie quotidienne, les différentes formes de logement, ou encore le transport et l’emploi du temps adaptés… Nous partons toujours d’une prise en compte de la personne dans sa totalité, de l’être humain à part entière. Mais dans cette totalité, on a tendance à oublier trop souvent l’aspect fondamental qu’est la sexualité.

La sexualité dans une optique de soin: à quand un cadre légal?

L’impossibilité de parler de la sexualité, mais aussi le refus d’offrir le soutien nécessaire voire de reconnaître les besoins sexuels, crée souvent des situations dramatiques. Les personnes en situation de handicap peuvent se sentir malheureuses et laissées pour compte, sont exposées aux abus sexuels, peuvent adopter des comportements sexuels transgressifs, et dans ces cas-là, les médicaments et la répression des besoins sexuels semblent une réponse facile…

Compte tenu des droits fondamentaux de l’être humain, un soutien spécifique pour la vie sexuelle des personnes en situation de handicap est donc une nécessité absolue et évidente, faisant partie intégrante de la qualité de vie de ces personnes. Ce qui implique la reconnaissance de la sexualité comme un soin à part entière. Il faut un cadre légal pour les «soins sexuels» destinés aux personnes en situation de handicap. Or celui-ci est inexistant pour l’instant, de sorte que les personnes concernées, leurs soignants, leurs parents et les accompagnants sexuels opèrent dans une zone grise. Et, de part ce fait, de nombreuses institutions de soins se tiennent sur la réserve. Dans ce cercle vicieux, les «soins sexuels» restent toujours tabous, et les droits fondamentaux des personnes en situation de handicap sont niés et souvent même violés. Un cadre légal adapté à cette forme de service est donc indispensable. L’accompagnement sexuel part toujours d’un contexte de soin, en tenant compte des facteurs individuels et spécifiques au handicap. Il demande un cadre transparent, pour que les prestataires de soin, ensemble avec les accompagnants sexuels, puissent offrir un soutien, des soins et des services de qualité en matière de sexualité, en mettant en œuvre toutes les compétences requises. Car l’accompagnement sexuel pour personnes en situation de handicap ne se limite pas seulement au sexe…