Espace de libertés – Mars 2016

Libres ensemble
We need Youth 2016 est un événement organisé par le Centre d’Action Laïque les 18 et 19 mars: deux journées de rencontres de la jeunesse et de la laïcité. Deux journées inspirantes, motivantes pour l’avenir et l’engagement citoyen des jeunes générations. Deux journées de débats et d’animations festives avec un programme avant tout conçu pour, avec et par les jeunes. Avec un but: réaffirmer les capacités de la jeunesse à relever les défis contemporains, lui redonner confiance en même temps que lui faire confiance. En un mot: oser la jeunesse.

Mais comment font ces jeunes, eux qui sont confrontés à la précarité, aux galères de tout ordre, aux difficultés pour se loger, accéder à un emploi à peu près stable et décent? Comment font-ils face à l’arrogance des médias, aux préjugés de leurs aînés, aux tentatives d’infantilisation permanente à la sombre tentation de notre temps de vouloir casser rêves et utopies au nom d’une logique gestionnaire et utilitariste?

Pour le philosophe Vincent Cespedes (1), notre société est en plein complexe de Kronos, ce dieu dévorant ses propres enfants. Nous, les vieux, n’écoutons pas assez les jeunes, ne leur faisons pas confiance et ne les respectons pas. Pire, nous les empêchons de s’épanouir, de rêver et les réduisons à être de la chair à marché en leur faisant croire qu’une vie réussie est une vie passée à la gagner. Nous les empêchons de participer pleinement à la vie sociale, économique et citoyenne en gardant jalousement nos places, nos emplois, nos responsabilités et nos prés carrés.

Jeune et pas compris

Les jeunes souffrent, tous les indicateurs le montrent, à l’instar du dernier baromètre Solidaris sur les jeunes de 18 à 30 ans: les jeunes sont «désabusés, moroses, peu optimistes, en recherche de sens». Il est donc urgent de renverser la vapeur: cesser de brider la jeunesse et de lui «faire la leçon», mais plutôt lui confier des responsabilités et libérer sa parole. Et l’écouter. Car une société qui n’écoute pas ses jeunes est vouée à se rabougrir et mourir.

Notre société utilitaire manque en effet cruellement d’autocritique: à nous d’ouvrir les vannes pour que celle-ci émerge. Notre génération doit permettre à la jeunesse de retrouver confiance, de libérer sa parole et ses désirs. Le mouvement laïque a toujours eu à cœur de transmettre la capacité d’exercer son esprit critique et son libre arbitre. C’est sur cette possibilité de désobéissance aux normes injustes que nous devrions précisément travailler avec les jeunes. Mais se reconnecter à notre jeunesse suppose d’adopter une position d’humilité: on a autant à apprendre d’eux qu’eux ont à apprendre de nous! À nous de leur permettre d’inventer de nouvelles formes de résistance pour qu’en retour, ils nous fournissent les armes que nous n’avons pas encore à opposer à la bêtise, au tout marchand, aux populismes et autres extrémismes. Le mouvement laïque a beaucoup à apprendre d’une jeunesse confrontée de plein fouet à des crises à répétition. Car si quelque chose caractérise et unifie la jeunesse, forcément hétérogène, c’est bien sa propension à la réactivité et à l’action – même teintée d’humour – même quand la maison brûle et que les pompiers tardent à arriver.

Nous avons besoin des jeunes, de leurs rêves et de leurs passions pour changer le monde. Un absolu besoin d’eux. Et il faut l’affirmer haut et fort: we need you, we need youth! Car, aujourd’hui, qui leur dit «on a besoin de vous» à part l’extrême droite, les fondamentalistes religieux ou les marchands avides de jeunes consommateurs?

Là où jeunesse et laïcité se rencontrent

L’ambition de #WeNeedYouth2016, c’est précisément de créer un espace ludique et enthousiasmant où peuvent se rencontrer et collaborer les générations, la laïcité et les jeunes, mais aussi les jeunes entre eux, organiser des échanges sereins, loin du conflit de générations stérile, où chacun peut apprendre de l’autre, et encourager talents et initiatives. C’est un moment imaginé pour libérer la parole des jeunes, et l’écoute des aînés. C’est viser, dans l’espace urbain, le moment où la nouvelle génération non seulement régénère l’ancienne, mais prend aussi confiance en elle, s’affiche et s’engage.

#WeNeedYouth2016 est conçu par le Centre d’Action Laïque, ses sept régionales, mais aussi ses associations constitutives centrées sur l’éducation et l’accompagnement de la jeunesse. Sans oublier le concours actif des instances et cercles universitaires, de la commune d’Ixelles, des humanistes européens, jeunes en tête, et du monde associatif épris des valeurs laïques de liberté, d’égalité, de solidarité. Avec le partenariat festif des Solidarités qui y déroulera sa scène musicale, un tremplin pour jeunes talents.

L’idée est de créer un événement capable d’établir un dialogue intergénérationnel, de poser un diagnostic de la situation des jeunes, d’aborder les difficultés qu’ils vivent, mais aussi de présenter les alternatives qu’ils développent, de permettre d’avoir un panorama des engagements possibles et de ce que propose le mouvement laïque. L’accès y est entièrement libre et gratuit.

Au programme

On pourra participer, s’exprimer dans l’un des nombreux débats et ateliers, réfléchir avec des spectacles et animations interactives, s’engager et s’inspirer des démonstrations et présentations d’initiatives portées par des jeunes. On y verra entre autres des activités en démonstration comme la wasserette mobile d’Orange Sky destinée à offrir une laverie mobile aux plus précarisés, ou des potagers solidaires, créateurs de lien social et d’aventures botaniques dans l’espace urbain. On discutera, de manière décomplexée, déprohibition au Cannabis Talking Club, genre et combats LGBT à la Maison Arc-en-ciel. On y traitera de questions relevant des valeurs et combats laïques: les galères et les solidarités des jeunes, les questions du rapport de la jeunesse à l’égalité de classes, genres et cultures, aux libertés, à la justice, à la citoyenneté, aux assuétudes, à l’école, à l’Europe, à l’exclusion ou à la violence, et au difficile exercice de la démocratie, notamment dans les divers ateliers, débats en radio ou vidéo, animations innovantes et performances qui se dérouleront tout au long de ces deux jours.

On retrouvera lors de la soirée de rencontre inaugurale «Oser la jeunesse» Vincent Cespedes, grand témoin de l’événement, et de nombreux intervenants, jeunes et moins jeunes, discutant de ce que signifie être jeune en 2016, mais aussi ce que la laïcité et la jeunesse ont à s’apporter mutuellement. On jouera sérieusement à un jeu de rôle urbain et interactif à l’échelle du campus, un serious game où on peut se mettre dans la peau de survivants à la fin du monde tel que nous le connaissons, désireux de reconstruire collectivement une société plus juste et d’éviter les erreurs passées. Cette activité phare sera au cœur de #WeNeedYouth2016 dont elle utilisera le site comme décor, avec les valeurs laïques comme référentiel. Ce jeu collectif et coopératif est donc axé sur les comportements citoyens, le vivre ensemble solidaire et les choix moraux. Son but, susciter débat et questionnements tout en se prenant au jeu du scénario-fiction prospectif sinon futuriste.

Des animations plus festives seront également de la partie: fanfare fantaisiste et déambulations envahiront le plateau, showcases et performances ponctueront ces deux jours. Un grand concert organisé en partenariat avec Les Solidarités clôturera le festival le samedi soir, où se produiront de jeunes espoirs de la scène belge tandis que Mochelan et La Chiva Gantiva nous offriront leur set pour terminer la soirée.

Deux jours d’échanges tous azimuts pour susciter un nouveau printemps des consciences et réinventer le monde. Où prendre un réel bain de jouvence, pour les plus âgés d’entre nous. Et, en ce qui concerne les plus jeunes, prendre la parole, sinon le pouvoir.

 


(1) Auteur de Oser la jeunesse, Paris, Flammarion, 2015, 137 p.