Espace de libertés – Décembre 2014

Noël chrétien? Un débat qui sent le sapin…


Dossier

Il y a quelques années, des voix « laïcardes » s’étaient élevées pour protester contre l’achat sur fonds publics, par la très séculière Ville de Bruxelles, d’un sapin de Noël géant à dresser sur la Grand-Place. Raison de leur courroux: ce symbole chrétien était une insupportable entorse au principe de laïcité. Ce qui reste à démontrer…


On sait aujourd’hui –et Anne Morelli le rappelle fort opportunément dans son article qui suit– que la fête de Noël du 25 décembre est une survivance de la célébration solsticiale romaine de Sol Invictus, l’invincible soleil qui, au solstice d’hiver, reprend force et vigueur au détriment des perturbantes ténèbres. Les zélés disciples de Jésus de Nazareth ont choisi cette date symbolique pour lui attribuer la naissance de leur prophète, dont personne ne connaît la date exacte. Une habile manœuvre politique, dirait-on aujourd’hui, pour récupérer à leur prosélyte profit cette date unanimement célébrée dans le monde romain. Ce n’est qu’au XIIe siècle qu’apparaît le nom de « Noel » (sans tréma) de manière écrite, chez le moine poète Philippe de Thaon, auteur, quelques années plus tard, du Livre des Créatures ou Comput, un poème didactique sur les corps célestes et les calculs du calendrier, nous apprend Wikipédia. Toujours selon l’encyclopédie en ligne (on est 2.0 où on ne l’est pas), il est issu de l’adjectif latin natalis signifiant « de naissance, relatif à la naissance » (de natus, « né »), d’abord associé au mot latin dies, « jour » dans la locution natalis dies, « jour de naissance » réduite à natalis par substantivation de cet adjectif, utilisé en latin ecclésiastique pour désigner la nativité du Christ.

Sainte Famille

Dans la tradition religieuse du Noël chrétien, nulle trace de sapin. On devait d’ailleurs en trouver fort peu sur les terres arides de l’antique Palestine. Le sapin est donc un pur héritage païen, adopté sans doute pour sa capacité pratique à porter des bougies en pyramide et à rester vert tout le temps que durent les fêtes. Seule la crèche qu’on lui adjoint parfois a des relents religieux, avec sa mise en scène bucolique et naïve de la Sainte Famille composée d’une mère vierge, d’un père adoptif et d’un fils né par fécondation in mysterio. Bref.

© Dominique Goblet - Kai PfeifferL’origine païenne des célébrations solsticiales ou assimilées à une échéance calendaire se situant à la même période de l’année est attestée par l’existence de telles fêtes dans de très nombreuses civilisations qui sont, pour la plupart, antérieures au christianisme. On peu d’ailleurs comprendre qu’en dehors des régions équatoriales, la diminution puis l’augmentation, chaque année, de la longueur des jours ait pu intriguer les hommes et nourrir des fantasmes, des légendes et que l’angoissant allongement de la nuit cède le pas, dans leur cœur, à la joie de voir la lumière l’emporter sur les ténèbres. L’occasion est belle, bien sûr, de dissoudre les peurs dans l’allégresse d’une fête libérant l’imagination et incitant à la sacralisation de l’astre réchauffeur (de bus); j’ai nommé le Soleil.

Vraie lumière

Tant chez les Égyptiens que chez les Incas, le soleil était une divinité et ce ne sont pas les millions de vacanciers qui lui offrent chaque été leur corps en sacrifice sur les plages torrides qui nous contrediront. La peur de le voir faiblir, voire s’éteindre, ne peut que susciter une joie équivalente lorsqu’il nous rassure quant à son éternel retour. Toujours pour Anne Morelli, l’arrivée de Jésus parmi les siens fut d’ailleurs considérée comme la naissance de la « vraie lumière » (1); quel meilleur moment que le solstice d’hiver pour lui rendre hommage, quand les jours recommencent à s’allonger? Il faudra bien faire la concession que le terme « Noël », surtout muni d’une majuscule, qui évoque la nativité, possède une résonnance chrétienne. Mais nous sommes là dans le domaine purement sémantique. Autant on pourrait dire que la Pentecôte est un pléonasme, autant il faut reconnaître que le Noël d’aujourd’hui, en dehors de la messe de minuit et de la bénédiction urbi et orbi, tient davantage de la foire commerciale effrénée que d’un pieux pèlerinage. Comme en atteste le violoniste et chef d’orchestre maastrichtois André Rieu (2), qui squatte le « concert de Noël » sur toutes les chaînes télévisées en Mondovision depuis Vienne, au nez et à la barbe des chorales catholiques ou gospel nettement plus dévotes.

Laïques, dormez tranquilles. Comme vous allez le lire dans les pages qui suivent, Noël, quel que soit le nom qu’on lui donne, a droit de cité dans nos villes et nos campagnes. Quant aux sapins, une fois desséchés, ils se révèlent très utiles lors des très païens feux de la Saint-Jean.

 


(1) Notion récupérée à son tour par la franc-maçonnerie.

(2) Lauréat du Grand Prix à l’exportation du gouvernement néerlandais.