Espace de libertés – Juin 2017

L’Extrême droite en Europe: tentative d’exploration


Droit de suite

Il faudra sûrement faire un peu de tri pour caser ce pavé de 600 pages dans votre bibliothèque, mais il en vaut la peine. Pourtant, son titre, bref et concis, masque mal la complexité du sujet qu’il entend étudier de manière sinon exhaustive – peut-on l’être sur un sujet pareil? –  du moins très approfondie. Et son promoteur, le professeur Jérôme Jamin de l’université de Liège, de nous avertir d’emblée: le terme “extrême droite” recouvre une famille idéologique complexe et mouvante. C’est d’ailleurs pour cela qu’il est impératif d’entrer dans le détail de cette complexité et de recourir à des outils intellectuels fins, sous peine de stagner dans une trompeuse indistinction. Car, à côté des héritiers réels ou putatifs des formations fascisantes de l’époque des alentours de la Seconde Guerre mondiale, se discerne tout un éventail de groupes plus ou moins importants, qui cultivent des idées qualifiables en tout ou en partie d’extrême-droite. Déjà dans un seul pays, la tentative de classification s’avère compliquée, mais à l’échelle de tout un continent elle peut prendre l’allure d’une mission impossible. C’est pourtant l’ambition de ce livre qui réunit les contributions d’une trentaine de chercheurs et de spécialistes (Attention: certaines sont en anglais). On y trouvera, entre autres merveilles, des outils conceptuels permettant d’approcher la complexité et le caractère mouvant du sujet, mais également un “tour d’Europe” qui donne des éléments concrets aptes à clarifier les situations. Un voyage indispensable pour appréhender la “zone grise” dans laquelle se terrent aujourd’hui la plupart des mouvements et des groupes d’extrême droite. Entre les partis anti-immigrés de Scandinavie et des formations paramilitaires hongroises ou grecques, il y a un monde de différences. Pourtant, par certains aspects, ces deux “modèles” ont un certain nombre de points communs. Quels sont-ils? Comment les repérer et les classer? Comment comprendre que, parfois, par un étonnant retournement, la défense de l’État d’Israël ou celle de homosexuels peut cacher une “extrêmedroititude” (1) plus ou moins diffuse? On est là dans la “zone grise” dont Jérôme Jamin rappelle qu’elle peut parfois apparaître comme compatible avec le jeu démocratique. Cela signifie-t-il que l’extrême droite serait en passe de se diluer dans une culture politique qui aurait trahit ses idéaux démocratiques?

 


(1) Ce mot n’est pas des auteurs du livre, mais de la rédaction.