Espace de libertés – Juin 2017

Arts
De Scarlett Johansson dans le tout nouveau Ghost in the Shell aux origines du neuvième art, le “whitewashing” ne figure toujours pas sur les listes noires d’Hollywood!

Qu’est ce qui est vieux, blanc et a des testicules? Non, ce n’est pas le père Noël, ni le Parti républicain. La réponse, c’est Hollywood, cette industrie qui se targue d’intégrer la diversité“, écrivait récemment la bloggeuse afro-américaine Crystal Wright sur le site de CNN. Quant à l’acteur noir Bernie Casey, plus de trente films au compteur, il a carrément quitté la prestigieuse Académie des Oscars, en raison de son racisme latent. “Les gens de couleur sont toujours à la marge. Les Asiatiques, les Latinos, les Noirs, vous ne les voyez jamais. Nous sommes 320 millions de personnes en Amérique et environ 48 millions de personnes noires et autant de personnes latinos, mais vous ne le croiriez pas si vous vous basiez sur ce que vous voyez dans les films et émissions de télévision. Il y a deux raisons à cela: les acteurs qui ne sont pas blancs sont sous-employés. Et, même pour incarner des personnages qui ne sont pas blancs à la base, Hollywood n’hésite pas à user et abuser du “whitewashing”. C’est insupportable!” s’est-il emporté dans les colonnes du quotidien LA Times.

Une sous-représentation flagrante

lead-roles-by-race“Whitewashing ”: ce néologisme issu du militantisme américain renvoie à une pratique bien courante à Hollywood, qui consiste à faire jouer par des acteurs blancs des personnages de couleur. Avec une question centrale face à ce phénomène: où placer le curseur de la “fidélité identitaire”, alors que le métier d’acteur consiste justement à endosser et à simuler diverses identités, lesquelles ne sont pas nécessairement (et heureusement) figées? “L’objection est bien entendu recevable“, acquiesce Jada Pinket Smith, actrice et “épouse de”, qui avait boycotté les Oscars en 2016 pour protester contre le racisme ambiant et la sous-représentation des noirs à Hollywood. “Mais le souci, c’est que la fidélité identitaire va presque toujours dans le même sens. J’ai rarement entendu que l’on demandait à un comédien noir d’incarner un blanc.” Cette technique plus que contestable est en fait presque aussi vieille que le cinéma lui-même. Puisque dans Le Chanteur de jazz, le premier film parlant et sonore de l’histoire (1927), Al Jolson, un acteur d’origine lituanienne offrait une prestation exubérante, en incarnant un chanteur grimé en noir. Quelques décennies et des centaines de films plus tard, le “whitewashing” perdure de plus belle. Dans le tout nouveau Ghost in the Shell, par exemple, adaptation du célèbre manga au cinéma, le nom de l’héroïne principale, Motoko Kusanagi, laisse pourtant peu de doute sur ses origines nippones. Alors qu’elle est incarnée par… Scarlett Johansson. Il en est de même pour Hideo Kuze, interprété par l’Américain Michael Pitt. Tout ça, alors que l’action se déroule à Tokyo!

La solution? L’argent!

Autre énorme polémique qui avait fait trembler l’industrie de rêve sur ses (solides) bases voici quelques années: Nina, le biopic consacré à Nina Simone. Dans le rôle de cette égérie du jazz: Zoe Saldana, à la peau claire, aux cheveux ondulés et aux traits métissés, héritage de ses origines antillaises et libanaises. Autant dire qu’elle n’était pas – au naturel–  assez noire pour camper une Nina Simone vraisemblable, elle qui portait fièrement ses cheveux crépus en afro ou sous un headwrap africain. Une fois de plus, le fait qu’un des rares grands rôles de femme à la peau ébène ait encore échappé aux actrices naturellement désignées pour l’incarner fut un indice supplémentaire de l’inégalité des forces en jeu et du chemin qu’il reste à parcourir. La solution? “Je ne pense pas que les pontes d’Hollywood puissent changer de mentalité dans une optique de simple représentativité sociétale“, explique Miss Smith. “La seule chose qu’ils comprennent, c’est le langage de l’argent. Si les Noirs et les Asiatiques arrêtaient d’aller au cinéma ne fut-ce qu’un jour, en guise de protestation, cela ferait perdre des milliards de dollars aux studios. Et là, ils réagiraient!” conclut-elle dans un scénario qui préconise donc une sorte d’arroseur arrosé…