Espace de libertés – Mai 2017

Échapper à l’illusion des certitudes


Droit de suite

Caractéristique de notre époque, le débat public s’est s’amplifié dans une mesure totalement inédite. Il s’est aussi, sinon radicalisé – ce terme, tellement galvaudé, veut-il dire encore quelque chose?– du moins tendu comme une corde à piano. À un point tel que la nausée nous saisit parfois lorsqu’on se risque encore à suivre certains “échanges” sur les réseaux dits “sociaux” où l’on voit de parfaits inconnus en arriver, en moins de quelques minutes, à s’insulter copieusement pour un oui ou pour un non. Malgré la profusion de techniques de communication toujours plus sophistiquées, l’autisme actuel semble gagner chaque jour en gravité. Et, souvent, en ridicule.

Dans cette ambiance crépusculaire, l’opuscule de Yvan Bordeleau détonne franchement. Gentiment démodé, le titre trahit vite l’intention de cet ancien professeur de l’Université de Montréal, reconverti en politique, et qui a fréquenté des forums internationaux comme le Commonwealth (oui, ça existe encore) ou la Francophonie (oui, ça existe encore aussi). Sans effets de manche intempestifs, sans s’énerver ni se pousser du col, Yvan Bordeleau revient sur l’un des fondamentaux les plus délaissés de la vie en société: la tolérance. Vous avez bien lu: la tolérance.

Pour l’auteur, c’est là que réside en effet une incomparable source de comportements de coopération, de compréhension et de respect mutuel. Et de préciser que le fond de la question n’est pas tant d’accepter le point de vue de l’autre que de le respecter et d’essayer d’en mieux comprendre les valeurs. Cette tolérance, insiste encore Yvan Bordeleau, constitue une conquête de soi, de ses émotions et de son impulsivité.

Notre conseil du jour: la prochaine fois que vous serez tenté de déverser votre bile sur Internet, lisez d’abord ce petit livre tout simple qui ose nager à contre-courant et qui, non sans une certaine dose de naïveté dont on n’a plus l’habitude dans le cynisme ambiant, remet quand même quelques idées en place. (jph)