Espace de libertés – Mai 2017

Le citoyen λ, ou Λ, bref lambda, en somme standard, de ces temps-ci, critique, vilipende, s’offusque même, pérore quelquefois, voire conchie et compisse les politiques, qui l’auraient trahi, outragé, salissant leur fonction. Abus de la confiance, de la crédulité du peuple, de privilèges indus… Voici ce qu’on lit, entend, suspecte, sous une forme ou l’autre, dans le concert de lamentations actuel. Bien que certains violons y jouent de splendides lamentos, c’est surtout là qu’est la merde. Plongeant les mains jointes dans la cuvette, en sceptique dans la fosse commune, je voudrais ici montrer pourquoi.

La démocratie représentative nous rend un estimable service: boucs émissaires de nos petites lâchetés quotidiennes, nous pouvons accuser les politiques de nos propres travers. Érigeant un mur factice, nous discriminons alors deux camps: “eux”, les lâches criminels qui souillent le bien commun, et “nous”, les victimes innocentes qui pâtissons des griffes de ces escrocs, de ces escogriffes venimeux, langues de vipère ou anguilles furtives que, pourtant – et sciemment – nous élûmes.

Le citoyen lambda, le quidam, celui qui comprend ces trois mots, s’exprime à peu près clairement, clame son dépit profond sur tous les canaux possibles, peut créer son propre parti et se présenter au scrutin mais préfère critiquer les représentants qu’il a eu la bêtise d’élire, n’est donc pas seulement une victime; il est, sinon coupable, au moins responsable des faits. Les victimes véritables, ce ne sont pas les citoyens lambda, ce sont les pauvres en ressources, en mots et en espérance, qui ne peuvent pas, faute de temps, de capacités, jouer un rôle actif dans notre système politique.

Crise du climat et médiocrité citoyenne vont de pair: notre confort est tel que nous, veules et pleins d’un coupable nonchaloir, attendons des autorités qu’elles prennent des décisions pour nous, alors qu’il s’agit de changer par nous-mêmes notre quotidien. Supposons. Chaque adulte sur la Terre posséderait-il un moyen de transport automobile, à l’instar de la plupart des Occidentaux? Nous serions tous morts hier. Est-ce un bien, cette chose que tout le monde ne pourrait pas posséder, sous peine d’asphyxie? Si nous ne pouvons pas tolérer, fors le souhait d’une mort lente, que chacun ait l’usage d’une automobile, d’en jouir égoïstement est un privilège pour le moins satanique.