Espace de libertés – Mai 2017

Le civisme n’attend point le nombre des années


École
À la rentrée 2016, la Ville de Bruxelles a mis les petits plats dans les grands pour développer une initiative gentiment révolutionnaire: les stages civiques obligatoires pour les élèves de 5e secondaire de quatre écoles pilotes. Objectif: permettre aux jeunes de s’intégrer dans la société au-delà des savoirs et compétences enseignés à l’école.

Il y a deux ans, quand la Ville de Bruxelles annonça l’introduction de “stages civiques obligatoires” dans le cursus scolaire, on pouvait formuler quelques craintes: allait-on faire des élèves de “bons citoyens” en les contraignant à agir avec civisme? Allait-on leur apprendre le service à la Nation, à la Ville, à la collectivité? C’était sans compter sur la finesse des concepteurs du projet: un groupe de travail composé d’enseignants, de directeurs d’école intéressés et de la cellule philo de la Ville, qui a planché pendant un an.

Un projet aux dents longues

Les ambitions? Favoriser la formation citoyenne, encourager la solidarité, participer à une société plus tolérante, plus juste et plus solidaire, faire découvrir les métiers du secteur public ou à caractère public, inviter les jeunes à porter leur regard sur le social, susciter un engagement dans un projet collectif.

Le principe? Emmener les élèves de 5e secondaire à réaliser un stage (non rémunéré) de 30 heures dans une institution publique (police, écoles, CPAS, CHU…) ou une association à vocation sociale (SAMU, Croix- Rouge, maisons de repos…). Le projet concernait quatre écoles secondaires cette année, il s’étendra à huit établissements à partir de la rentrée 2017. L’objectif est d’atteindre la totalité des seize écoles secondaires du pouvoir organisateur.

La méthode? Travailler de manière longitudinale (sur 3 années d’étude) et interdisciplinaire (impliquer toute l’équipe pédagogique). En 4e secondaire, la notion d’engagement est traitée en classe. En 5e secondaire, chaque élève doit réaliser son stage et le présenter en fin d’année aux élèves de 4e. Enfin, en 6e secondaire, c’est à un retour réflexif sur leurs expériences auquel ils sont invités. Mais l’un des buts les plus importants est d’autonomiser le jeune. Il doit trouver lui-même son stage, postuler, envoyer un CV et passer un entretien. Pour ce faire, il n’est bien entendu pas seul. D’abord, il y a un site web pour le guider. Et puis, l’accompagnement se fait dans le cadre des cours et il le sera encore beaucoup plus spécifiquement dans celui de philosophie et de citoyenneté (CPC) dès septembre 2017.

Un projet qui donne tout son sens au CPC

À l’heure où ce sont surtout les mécontents qu’on entend sur l’instauration du cours de philosophie et de citoyenneté, voici une expérience qui donne force et sens à ce nouveau cours. La méthode imaginée répond au principe d’articulation des démarches philosophique et citoyenne. La préparation au stage se fait au cours d’un atelier philo sur la notion d’engagement. Il n’y a pas d’évaluation chiffrée mais bien l’obligation pour le jeune de rédiger un rapport où il détaille son expérience (positive, négative, réflexive…). Il n’est pas question de rater ou réussir, mais simplement de permettre à l’élève d’expérimenter un engagement citoyen. Et puis, le stage est inséré dans le projet pédagogique de l’école et les enseignants des différentes disciplines (français, histoire, sciences humaines…) sont impliqués, ce qui permet de rapprocher cadre scolaire et réalité sociale. Enfin, nous confie Michèle Braipson, préfète de l’Athénée Léon Lepage, il y a des élèves qui se révèlent grâce au stage et qui y acquièrent une prise de parole plus aisée et une implication nouvelle dans des apprentissages qui font désormais sens.

Un projet rafraîchissant

De cette première année d’expérimentation, si certains élèves sont revenus assez critiques (“Le bénévolat, c’est de la main-d’œuvre gratuite!”), d’autres étaient franchement emballés et souhaitaient poursuivre par eux-mêmes l’expérience (comme cette jeune fille s’étant prise d’affection pour une dame en maison de repos: “Je vais continuer après mon stage!”). Ces retours sont également l’occasion de réajuster les conventions passées entre la Ville et les associations partenaires: le stage doit apporter quelque chose de positif à toutes les parties et le milieu d’accueil a pour mission d’impliquer le jeune dans la vie de l’association.