Espace de libertés – Octobre 2016

“Non, Meryame, ne retourne pas au Maroc…”


Édito

Non, Meryame, ne retourne pas au Maroc, ni ailleurs. Reste ici. On t’aime comme tu es: rebelle, combative, passionnée, solidaire. On t’aime quand, à la tribune de la Chambre, tu t’insurges, magnifique, tête nue contre Ford, Caterpillar et toutes ces multinationales anthropophages, anonymes, amorales, championnes sans vergogne de l’impôt éludé et de la délocalisation. On t’aime quand tu rives leur clou aux racistes de toutes couleurs politiques et de tous rôles linguistiques.

Et on pleure de rage quand on voit la bêtise et la méchanceté se faufiler jusque dans ce qui devrait être le sanctuaire de la démocratie. Il y a des paroles qui déshonorent ceux qui les prononcent et pas ceux à qui elles sont destinées. Mais le plus triste, c’est que ce que t’a dit ce député libéral flamand dont je préfère oublier le nom est en train de devenir une banalité. Les vannes de l’intolérance, du mépris, de la haine, du racisme et de la connerie se sont rouvertes. Des torrents de peur et de frustrations longtemps contenus se déversent toujours plus violemment, toujours plus impunément. Ce n’est pas nouveau mais cela fait toujours aussi mal.

On peut rager que les dérapages racistes soient nombreux sur les réseaux sociaux. Mais le fait qu’un élu du peuple se laisse aller en pleine séance de la Chambre à un commentaire aussi bas de plafond provoque un autre genre de malaise. Comment, après cela, encore dénoncer l’intolérance qui sourd chez les simples citoyens aux abois? Bien entendu, ce n’est pas la première fois que ça arrive. C’est même devenu assez courant chez nos voisins français (on se souvient encore de la façon humiliante dont la ministre française de la Justice, Christiane Taubira a été traitée) et ce genre de chose perce aussi dans d’autres pays comme l’Allemagne ou la Grande-Bretagne.

Alors, non, Meryame, ne va pas au Maroc. Va plutôt dans les usines en deuil, à Charleroi ou à Genk, pour y redonner le goût de la fierté. Et surtout reste bien à Bruxelles, au Parlement, pour continuer à proclamer la tolérance et exiger le respect.