Espace de libertés – Novembre 2017

Si Harvey Weinstein est désormais persona non grata dans certains milieux hollywoodiens suite aux dénonciations d’aggressions sexuelles par de nombreuses stars, les “agresseurs lambda”, eux, sont toujours bien en place. Confortablement installés dans leur fauteuil de PDG, de créatif de boîte de pub, de haut fonctionnaire, de chef de service de supermarché, de responsable de médias… Et les “femmes ordinaires” ne semblent avoir que la toile et ses petits mots chocs pour dénoncer les mêmes affres que celles subies par leurs sœurs médiatisées. Elles n’ont d’ailleurs pas toutes choisi de “balancer leur porc”, suite à l’injonction lancée sur les réseaux sociaux pour dénoncer les hommes qui les ont coincées dans la case des victimes d’agressions ou de harcèlement sexuel. Peut-être par honte ou par peur. L’omerta est reine dans ce domaine. Mais peut-être aussi par intelligence. Puisque faute de preuves, de telles dénonciations peuvent très vite se transformer en diffamation et autres calomnies, pénalement répréhensibles. Pour la plupart de ces “femmes ordinaires”, l’invisibilisation du problème triomphe.

Face à ces abus de pouvoir – car c’est bien avant toute chose de cela qu’il s’agit –, peu d’armes et d’outils légaux sont octroyés aux victimes de ces actes intolérables. La solitude et le dénuement raflent la mise. Et le constat d’inégalité entre les sexes refait surface sous couvert du pouvoir patriarcal qu’ont en commun les profils de ceux qui osent de tels actes.

Et si l’on vous parle une fois de plus des violences faites aux femmes au sein de ce numéro, ce n’est pas seulement parce que le mois de novembre leur réserve une journée nationale. C’est surtout parce que l’impunité demeure massive en la matière. Aujourd’hui encore, près de 70% des dépôts de plainte pour violences sont classés sans suite. Quand on sait que 78% des victimes n’ont quant à elles pas franchi la porte d’un commissariat pour se plaindre, on comprend rapidement que la réalité est bien plus sombre que celle divulguée par les chiffres officiels. Dans ce portrait chiffré, le plus choquant est peut-être d’ailleurs celui du petit 11% des auteurs de violences qui sont reconnus coupables de leurs actes, sur l’ensemble des plaintes déposées. Il est évident que la réponse judiciaire n’est toujours pas à la hauteur du phénomène.

Or, si l’éducation constitue certainement le premier levier à activer pour conscientiser la société à cette problématique et sortir du déni, une observance formelle des règles à respecter dans un état de droit est essentielle afin d’éviter le sentiment d’impunité des auteurs, d’une part, et celui de double victimisation des femmes ayant subi ce type d’actes, d’autre part. Si la parole semble s’être libérée ces dernières semaines, une question demeure: est-ce suffisant?