Espace de libertés – Avril 2015

Cannabis: prévenir plutôt que guérir!


Dossier

Ces dernières années, on a pu observer une augmentation de la consommation de cannabis par les jeunes. Le sujet est devenu un phénomène de société à part entière, qui interpelle tant les responsables politiques que ceux de la santé ainsi que de nombreux parents.


Le cannabis est la drogue illicite la plus utilisée dans les pays de l’Union européenne. On estime que 45 millions de citoyens en ont consommé au moins une fois dans leur vie et que 3 millions le font quotidiennement. Ce sont les adolescents et les jeunes adultes qui en sont les plus grands consommateurs (1). Une enquête du CRIOC sur les jeunes et les drogues démontre que la banalisation de la drogue semble de plus en plus forte. En Belgique, les jeunes ont un contact avec le cannabis de plus en plus tôt (dès 12 ans). Et plus inquiétant encore, un jeune sur cinq pense qu’il n’est pas dangereux (2).

Pourtant, nous le savons, le cannabis peut entraîner au minimum des troubles mentaux (anxiété, état dépressif, hyperactivité, psychose), mais aussi des comportements à risques (désinhibition), des altérations de la mémoire et de la concentration, etc. Ces troubles touchent plus particulièrement les adolescents et les jeunes adultes. Outre les enjeux de santé publique, les modalités d’accès au cannabis représentent aussi un aspect du problème. En effet, l’acquisition passe par des canaux obscurs et illégaux, parfois mafieux. Certains se demandent s’il ne serait pas préférable de les rendre plus transparents et, par conséquent, plus facilement contrôlables.

La solution à ce problème de société n’est pas manichéenne et les politiques de santé publique doivent s’appuyer, pour être efficaces, sur trois piliers: la prévention, la réduction des risques et la prise en charge médicale (3). La problématique des drogues contient également un volet répressif.

Prévenir et réduire les risques

La prévention est la première ligne de lutte contre la consommation de drogue, et potentiellement, la plus efficace. Il est donc indispensable d’informer sur les risques sanitaires liés à une consommation inadaptée de ces substances. En effet, on ne peut manquer d’être interpellé par l’augmentation des phénomènes addictifs, l’évolution permanente des substances utilisées et leur impact chez les jeunes.

Il n’y a donc pas de drogues «douces» pour un consommateur «dur» et il faut prendre garde à toute banalisation.

À force de faire la différence entre drogues dites dures et douces, on oublie souvent d’être attentif à l’usage qui en est fait. Or il est bon de rappeler que le tabac et l’alcool tuent des millions de personnes chaque année (dans le monde 2,5 millions de morts liées à l’alcool, 6 millions liées au tabac, selon l’OMS). Il n’y a donc pas de drogues «douces» pour un consommateur «dur» et il faut prendre garde à toute banalisation.

En ce qui concerne le cannabis, 21% des jeunes de 12 à 17 ans en ont déjà fumé, 10% en consomment régulièrement et la majorité n’envisage pas d’arrêter. Or, 20% au moins des consommateurs de cannabis développent une dépendance (ce taux étant deux fois plus élevé chez les adolescents que chez les adultes). Par ailleurs, la moitié des jeunes, seulement, dit connaître la législation sur le sujet. Une majorité d’entre eux est d’accord pour dire que parler du cannabis pourrait prévenir sa consommation et admet que les parents jouent un rôle important dans la prévention. Malheureusement, seuls 27% de ces derniers sont au courant de la consommation de cannabis de leur enfant4. C’est pourtant à l’adolescence que la prévention est la plus efficace, bien plus que l’aspect curatif. De nombreux experts s’accordent en effet à dire qu’il faut travailler sur le bien-être et l’éducation pour éviter de tomber dans les pièges de l’assuétude. Une personne bien dans sa tête court moins de risques de glisser vers la dépendance. L’environnement social et/ou familial joue donc un rôle primordial: on se doit de développer une prévention plus systématique, et ce, dès l’école.

dogues prévention

La promotion de la santé doit se faire à différents niveaux. Quand la prévention n’a pas fonctionné viennent les phases de soins et de traitements. Les expériences montrent que les groupes d’entraide, en agissant sur la motivation, sont très efficaces. En matière de cannabis, les risques immédiats liés à leur consommation concernent les comportements. Par exemple, le nombre d’accidents de la route impliquant des personnes sous l’influence d’alcool ou de stupéfiants nous rappelle qu’une politique volontariste est essentielle (tests gratuits dans les milieux festifs, transports en commun nocturnes, Responsible Young Drivers…). Il serait également préférable de développer des mesures renforcées d’accompagnement des utilisateurs réguliers ou des gros consommateurs de cannabis.

La répression

Dans le respect des traités internationaux, la loi sur les drogues considère le cannabis comme une drogue illégale et en sanctionne la détention. En Belgique, depuis 2005, la détention par un majeur d’une quantité de cannabis pour usage personnel (3 grammes maximum) relève du degré de priorité le plus bas de la politique des poursuites, sauf circonstances aggravantes ou trouble à l’ordre public. L’accord de gouvernement fédéral prévoit de revoir (à la baisse, NDLR) la tolérance accordée. Mais à ce jour, rien ne prédit que sa révision sera mise en application.

Il faut cependant être conscient que les expériences de libéralisation réalisées dans les pays voisins, notamment aux Pays-Bas et en Suisse, montrent que les résultats sont loin d’être probants. La libéralisation d’accès semble poser plus de problèmes qu’elle n’en résout. Par ailleurs, les jeunes utilisateurs occasionnels risquent de devenir plus facilement des utilisateurs réguliers par un accès facilité à la drogue. Le passage du cannabis à des drogues plus dures n’est pas non plus exclu.

En conclusion, notre société a toujours été confrontée aux problèmes de drogue et les débats sur le sujet opposent régulièrement les prohibitionnistes et les partisans d’une dépénalisation. Face à cette problématique, toute politique exclusivement prohibitionniste ne permet nullement de garantir une maîtrise suffisante du phénomène. A contrario, une politique exclusivement antiprohibitionniste, qui se contenterait de n’envisager que la seule dépénalisation de l’usage de toutes ou certaines substances, risque d’entraîner des effets pervers qui pourraient s’avérer, en fin de compte, désastreux. Une politique efficace en matière de drogues devrait donc se situer dans une voie médiane.

 


(1) Avis de l’Académie royale de médecine de Belgique, séance du 29 novembre 2008.

(2Jeunes et drogues, Centre de recherche et d’information des organisations de consommateurs, février 2010.

(3) Ajoutons que notre réflexion ne concerne pas le cannabis à usage médical, lequel fait partie du traitement de certaines maladies neurologiques.