Espace de libertés – Septembre 2016

“High Ground”, l’Alliance pour le choix et la dignité en Europe


International
Après plusieurs années de coopération informelle, six organisations progressistes ont décidé d’unir leurs forces en créant High Ground, l’Alliance pour le choix et la dignité en Europe.

Née de la nécessité de contrer la présence croissante du lobbying religieux auprès des institutions européennes, cette nouvelle alliance se donne pour mission de mobiliser un maximum de décideurs européens en faveur de politiques progressistes dans le domaine des droits sexuels et reproductifs, de la laïcité et des droits des femmes et des personnes LGBT.

Cette nouvelle alliance se donne pour mission de mobiliser un maximum de décideurs européens en faveur de politiques progressistes

Un lobbying religieux relooké

Le lobbying religieux auprès des institutions européennes est en plein boom: reconnaissant l’intérêt de se mobiliser à l’échelle européenne, une pléthore d’organisations ont fait leur apparition dans les couloirs notamment du Parlement européen et tentent d’imposer à la société leur vision réactionnaire en propageant des argumentaires bien huilés auprès de nos dirigeants européens. Fini le temps des références bibliques barbantes et des longues tirades sur nos racines (judéo-)chrétiennes, ces nouvelles organisations ont com­pris que pour influencer les poli­tiques européennes, elles devaient moderniser leur discours. Aujourd’hui, on n’est plus «anti-avortement», on est «pro-vie» et on veut préserver la liberté de conscience des praticiens; on n’est plus «anti-homo», on veut «préserver la famille» et on se soucie du bien-être de l’enfant; on ne veut plus imposer une doctrine religieuse, on se soucie de la liberté de religion et de la dignité de l’être humain – de la conception jusqu’à la mort, bien sûr.

À ce changement manifeste de rhétorique s’ajoute un effort de coordination entre acteurs religieux. Bénéficiant de moyens considérables, ces derniers savent très bien mettre leurs différends de côté quand il s’agit de plaider la cause commune. En témoigne une étude sur le lobbying religieux aux Nations unies (1) qui explique comment l’ONG catholique C-FAM a aidé des groupes évangélistes à apprendre les rouages de l’ONU et à recevoir une accréditation auprès de celle-ci.

Et ça marche! À travers l’utilisation des réseaux sociaux et des outils de démocratie participative, les mouvements anti-choix parviennent à mobiliser et à se donner l’image moderne d’un mouvement citoyen majoritaire. Citons par exemple l’Initiative citoyenne européenne One of us («Un de nous») réclamant la fin du financement européen de la recherche sur les cellules souches et des activités de planning familial dans les politiques de développement. Cette pétition a récolté près de 1,7 million de signatures pour finalement – et à juste titre – se faire notifier une fin de non-recevoir par la Commission européenne qui jugeait une partie des demandes en désaccord avec les politiques communautaires et une autre partie des doléances infondée.

Un autre exemple est celui de l’organisation ADF (Alliance Defending Freedom) (2), qui a trouvé en l’objection de conscience son nouveau cheval de bataille. Rappelons que ce principe peut être acceptable à certaines conditions, pour autant que son application soit strictement réglementée afin de ne pas mettre en péril l’exercice d’autres droits. Cependant, ADF paraît vouloir lui donner une tout autre signification: «Si nous limitons le droit à l’objection de conscience, nous fermons un espace de liberté et ouvrons la voie de la discrimination.» (3) L’oreille profane ne trouvera dans ces propos rien à redire alors qu’il s’agit bien d’une tentative de limiter de fait l’accès au mariage pour tous ou à l’avortement.

Les progressistes se mobilisent

C’est en réponse à cette intensification du lobbying religieux que six organisations progressistes ont initié une collaboration informelle en 2013: l’Organisation internationale du planning familial, le Forum par­lementaire européen sur la population et le développement, l’association LGBT ILGA-Europe, le Lobby européen des femmes, l’association catholique progressiste américaine Catholics for Choice et enfin la Fédération humaniste européenne dont le CAL est membre. En 2013 déjà, c’est grâce à l’effort de ces organisations que des tentatives d’influence réactionnaires avaient été contrées en 48 heures lors d’un vote au Parlement européen sur un texte concernant l’égalité entre hommes et femmes. De nombreux autres exemples existent.

En 2016, ces organisations ont donc décidé de continuer l’aventure commune au sein de High Ground, l’Alliance pour le choix et la dignité en Europe et de mettre leurs ressources et leurs informations en commun pour renforcer la présence de la voix progressiste dans les débats des institutions bruxelloises.

D’ores et déjà, de nombreux députés et hauts fonctionnaires européens se sont ralliés à la cause. Demandeurs d’information sur ces lobbys religieux relookés et d’argumentaires pour contrer leur discours, ils et elles se mobilisent pour faire circuler l’information au sein des institutions mais aussi pour alerter les membres de High Ground lorsque des activités de lobbying anti-choix sont détectées.

Mais High Ground veut aller encore plus loin: d’ici la fin du projet dans deux ans, il s’agit de toucher les conservateurs modérés et les indécis et de les convaincre. Enfin, il s’agit également d’élargir le réseau à toute autre organisation désireuse de défendre les mêmes valeurs et de fédérer toutes les voix progressistes au sein et autour des institutions européennes.

Lors du lancement de l’alliance au Parlement européen le 2 juin dernier, Heidi Hautala, eurodéputée vice-présidente du groupe parlementaire des Verts déclarait sagement: «High Ground a pour mission de défendre les droits de toutes et tous, une mission soutenue par la majorité des personnes que je représente. […] High Ground sera capital dans la lutte contre la désinformation et la peur propagées par une minorité d’extrémistes.»

 


(1Lobbying for Faith and Family: A Study of Religious NGOs at the United Nations, Norad Report, Oslo, 2013.

(2) L’Alliance pour la défense de la liberté.

(3) Marijana Petir, eurodéputée croate, membre du Parti populaire européen, patronne de l’événement «Freedom of conscience: what is it? Why to protect it?» (Liberté de conscience: qu’est-ce? Pourquoi la protéger?) qui a eu lieu au Parlement européen le 2 mars 2016.