Espace de libertés – Septembre 2017

Destins croisés, histoire commune


Arts

Vous pensez que la présence musulmane en Europe remonte à la moitié du XXe siècle ? Une erreur que l’exposition “L’islam, c’est aussi notre histoire” entend réparer, en démontrant les liens interculturels qui se sont tissés depuis le XIIIe siècle. Nouvel épisode d’une série sur l’apport et les influences civilisationnelles qui ont enrichi l’Europe au fil des siècles.


 

On entre dans les différentes salles thématiques de l’exposition, hébergée dans le bâtiment Vanderborght, à Bruxelles, comme l’on pénètre dans une grande maison chargée d’histoire dans laquelle l’islam a laissé son empreinte, depuis Abraham, en passant par la période médiévale, ottomane, coloniale et contemporaine. Cette grande maison, c’est l’Europe. Et elle regorge de traces, tant matérielles que spirituelles, laissées par la culture islamique sur la civilisation européenne. L’origine commune de l’islam et du christianisme y est rappellée dans une perspective de logique historique. Cela, pour contrecarrer un certain imaginaire basé sur la croyance que les musulmans ne sont présents en Europe que depuis la seconde partie du XXe siècle. L’itinérance de cette exposition entend démontrer le contraire, puisque l’islam s’est finalement immiscé sur notre continent depuis le début de son existence. Outre sa dimension pédago-historique, l’exposition entend aussi jeter des ponts et valoriser les points communs. “Ce n’est pas là que vous allez apprendre la différence entre le chiisme et le sunnisme. Ce que nous voulons savoir, c’est comment l’islam a influencé l’Europe au travers des âges et comment les différentes civilisations ont interagi, se sont fait la guerre, mais se sont également enrichies, par exemple au niveau de la création artistique… Nous voulons montrer que l’islam a les mêmes sources, les mêmes origines philosophiques que le christianisme et les interactions qui se sont établies depuis le début de la présence musulmane en Europe“, explique Elie Barnavi, historien et membre du comité scientifique.

Oser le rapprochement

Cette exposition a en effet à cœur de mettre en exergue un certain tissage civilisationnel. Mais peut-elle favoriser les liens interculturels ou intercommunautaires? Ou pour le moins, combattre les préjugés? “C’est en effet un pari que nous faisons sur la connaissance face aux préjugés. L’islam est mal connu, tout comme l’est le judaïsme et je dirais même le christianisme. On a largement perdu les clés de lecture de ces réalités culturelles que sont les religions, en Occident. Mais soyons modestes, cela reste une exposition. Par contre, un certain nombre d’écoles, et donc de jeunes, vont la visiter. Cela peut avoir un impact. D’autant plus que nous avons prévu un cahier pédagogique, mais aussi des activités annexes comme des conférences, des concerts, des films commentés.
Portée par l’équipe du Musée de l’Europe et de Tempora, spécialisée dans la scénographie d’événements, cette exposition s’inscrit dans la lignée thématique des différents courants culturels ayant influencé la civilisation européenne et dans la suite logique de l’exposition “L’Amérique, c’est aussi notre histoire”, qui s’était tenue en 2010 à Tour et Taxi.

L’expo qui tombe à pic?

C’est un très vieux projet qui était déjà dans les cartons lors de la création du Musée de l’Europe. Mais il se trouve que c’est le bon moment pour le présenter, peut-être plus que jamais, étant donné le contexte tendu, angoissé et les relations communautaires qui ne sont pas à leur apogée. Une exposition de ce genre, qui replace les éléments dans un contexte historique, en essayant d’injecter un peu de savoir, peut contribuer à un certain apaisement.”

Projet phare de Mixity, l’année thématique dédiée à la diversité en région bruxelloise, cette exposition itinérante a reçu un gros support financier de la Commission européenne. “L’Islam c’est aussi notre histoire” quitte à peine Sarajevo, ville symbolique puisque fondée par les Ottomans en terre européenne, pour s’installer à Bruxelles, avant Sofia et d’autres villes du vieux continent. Mais l’équipe est déjà en train de réfléchir à la prochaine expo qui portera sur l’Europe et le judaïsme, qui fait lui aussi partie de notre histoire. Les influences de l’Afrique sur le continent devraient également s’ajouter au menu, dans cette logique de série melting-pot qui démontre que ce monde a toujours été marqué par les diverses influences culturelles, issues des migrations et des métissages qui en découlent.